AFRICA HUMAN VOICE INTERNATIONAL
Fédération d'Afrique
« La seule chose de bien à l'action de la violence, c'est l'action des hommes de bien »

CONGO-BRAZZAVILLE :
Un pays sous occupation - Un peuple aux arrêts



Connaître l'homme pour mieux
connaître la tragédie congolaise


 

- Avant-propos
- Introduction. - Le Congo-Brazzaville : une démocratie naissante
- Chapitre 1. - Le Congo-Brazzaville et la vie au quotidien : le constat
- Chapitre 2. - Ce que le peuple attend
- Chapitre 3. - Denis Sassou Nguesso, dictateur ou démocrate ?

 

 

Avant-propos

Dans le contexte d'un ciel démocratique, serein et dégagé, d'un horizon sans nuages et d'une visibilité très bonne, monsieur Sassou Nguesso, cet homme à la solde des intérêts étrangers prend le pouvoir par la force, conscient de ne pouvoir y accéder par la voie normale des urnes.

Comme en 1979 où il dût se mettre au service du pétrodollar, le voici qui, à l'annonce du boom pétrolier à la congolaise, se porte vers ses maîtres pour obtenir d'eux qu'ils le soutiennent et le parrainent en finançant ses actes criminels d'atteinte à la sûreté de l'Etat. Une guerre fratricide s'en suit et Sassou, cet ancien chef d'Etat, à la grande honte du peuple congolais, choisit le parti de faire occuper son pays par des forces militaires étrangères.

Que vaut un pouvoir que l'on obtient, non pas avec des moyens nationaux mais, fort curieusement, avec ceux de l'extérieur.

Les Thierry de Saussez, les Jacques Baumel, les Jean-Paul Pigasse et autres Pierre Messmer, ou autres aventuriers, les mercenaires, l'armée angolaise, tchadienne, ces messieurs des coups bas, certains médias étrangers aux relents néo-colonialistes, etc. ! Voilà qui fait la victoire de Sassou et qui constitue, de fait, le nouveau peuple congolais. Celui-ci aurait bénéficié du transfert mécanique, vers lui, des compétences du peuple authentique du Congo.

N'est-ce pas que le destin du Congo est désormais entre leurs mains ? Eux qui, du Congo, ont pouvoir sur tout, notamment le monopole de dire la vérité et de faire une lecture du drame congolais selon le prisme d'une logique, prompte à créer les conditions d'une "recolonisation" qui ne s'assume pas.

La démocratie n'était pas en panne au Congo. Elle était en marche. Il faut être de ces messieurs pour croire qu'une œuvre humaine de cette importance pouvait se réaliser sans difficultés et sans jamais avoir à réajuster selon les formes requises du droit.

La démocratie est une œuvre humaine. Elle est un projet qui se conçoit, s'élabore et s'exécute selon les modalités pertinentes d'une perpétuelle remise en cause et selon les procédures qu'implique une dynamique qui se structure, se conforte et se renouvelle toujours.

Il faut être, une fois de plus, de ces messieurs, pour croire qu'une telle œuvre revêtirait dès sa création, le caractère immuable du rapport homme/Dieu, nature/Dieu et homme/nature/Dieu.

Nous devons contester, rejeter haut et fort, avec Georges Moustaki :

  • la légitimité des guerres ;
  • la justice qui tue et la mort qui punit ;
  • les consciences qui dorment au fond de leur lit ;
  • la civilisation au bras des mercenaires.

Introduction. - Le Congo-Brazzaville : une démocratie naissante

La Conférence Nationale Souveraine tenue à Brazzaville, de février à juin 1991 avai fait le constat amer de la gestion chaotique de Sassou Nguesso, gestion caractérisée par l'absence des libertés fondamentales, les emprisonnements sans procès, de nombreuses tueries et assassinats politiques, crapuleux et une économie totalement sinistrée.

Au total, Sassou Nguesso, au terme de treize ans au moins de règne sans partage, n'a su léguer aux Congolais qu'un pays ravagé, ruiné, exsangue et hyper endetté.

Fort de ce constat lugubre effectué pendant et au sortir de la Conférence Nationale Souveraine, le peuple congolais s'est doté d'une constitution dont le préambule soumet au seul verdict des urnes, l'accession au pouvoir.

Cette constitution, la nôtre, ne condamne-t-elle pas toute prise de pouvoir par la force, la violencesous toutes ses formes et particulièrement par les armes ?

Ne déclare-t-elle pas anticonstitutionnel tout acte de nature à engendrer le désordre et l'anarchie dans le pays, à renverser les institutions démocratiques légalement installées ?

Elle appelle, soulignons-le, à la désobéissance civile, comme moyen prompt à garantir la résistance et à justifier le refus de s'exécuter et de se soumettre aux injonctions d'un ordre anti-constitutionnel constitué hors normes légales. Aussi, aux fins de promouvoir la démocratie et d'en rendre les processus désormais irréversibles, des efforts significatifs ont-ils été consentis. N'est-ce pas qu'un espace démocratique s'est ouvert sur un univers politico-administratif et dans un contexte socio-économique prometteur et serein ?

Malgré les sarcasmes, ce pays avait su mettre en place une démocratie fondée sur :

  • les valeurs universelles de liberté
  • le respect de la dignité humaine
  • toutes choses nécessitant :
    • le vote par le peuple et par voie référendaire de la Constitution ;
    • l'organisation des élections libres et transparentes dans tous les cas de figure dont la nomination ou la désignation requiert la consultation du peuple, c'est-à-dire, le vote ;
    • le fonctionnement normal et régulier des institutions et leur gestion selon les normes de l'observation scrupuleuse des principes régissant la vie démocratique.
  • les valeurs spécifiques de la vie en société puisées dans les valeurs africaines authentiques, tel le consensus.

Dans le souci constant de faire valoir le consensus, surtout là où il y a risque de conflit et, partant, de non conciliation des parties en présence, il fut privilégié le dialogue et la concertation. Cette pratique connaît son apogée dans la solution de la crise sociale de 1993-1994. Les autorités gouvernementales congolaises durent recourir à la négociation comme moyen le plus sûr de réduire les tensions, de rendre possible la paix sociale et de réaliser la réconciliation nationale sur la base d'un débat qui s'appuie sur la participation active de toutes les forces politiques ouvertes à la discussion, au dialogue.

La politique du "Mbongui", c'est-à-dire, de la recherche du consensus, fut structurée et formalisée. En témoignent entre autres instruments :

  • la Commission parlementaire ad'hoc pour la paix, de composition paritaire entre l'opposition et la majorité ou Mouvance présidentielle ;
  • le Forum pour la culture de la paix placé sous le patronage de l'UNESCO tenu à Brazzaville avec le précieux concours de la Commission sous-régionale pour la prévention des conflits en Afrique centrale ;
  • le Comité restreint, une instance de concertation, qui réunit en son sein et sous la présidence du Président de la République avec la participation de droit de tous les anciens présidents de la République et du Chef de l'opposition, les principaux leaders des principaux partis ou groupements de partis représentés au Parlement, à l'Assemblée nationale, notamment.

Sa mission était de traiter, de manière consensuelle, tous les problèmes concernant prioritairement l'armée, et les services relevant du pouvoir judiciaire.

Sur le plan économique, des progrès substantiels ont été réalisés, lesquels ont permis :

  • de surmonter dans une mesure fort appréciable, le poids énorme de notre passé ;
  • de négocier les contrats pétroliers. Ce qui a abouti au partage de production et a permis au Congo de porter sa part de pétrole de 17 à 33% (base fiscale). Ce résultat peut être considéré, à juste titre, comme procédant d'un inestimable apport dans la volonté affirmée du peuple d'aller vers plus de souveraineté et plus de contrôle de ses ressources nationales.

Sur le plan social, le paiement des salaires s'effectuait désormais selon un cours de plus en plus régulier, avec la volonté ferme de rattraper les retards, eux-mêmes en voie d'extinction.

Les bourses des étudiants ont connu elles aussi la même évolution. Il en est de même des pensions des retraites. Le programme de la lutte contre la pauvreté, élaboré avec le concours du Bureau International du Travail (BIT), rentrait dans sa phase active d'exécution physique.

Nonobstant ce qui précède, six ans et quatre mois après la Conférence Nationale Souveraine, le peuple est confronté, malgré lui, à une agression d'une violence et d'une barbarie insoutenables. Elle a rendu possible le coup d'Etat du 5 juin 1997 dont le but, désormais avoué, est de mettre un terme à la démocratie congolaise et aux institutions républicaines qui en découlent.

Chapitre 1. - Le Congo-Brazzaville et la vie au quotidien : le constat

"Je reviendrai au pouvoir par tous les moyens, même si je ne dois gouverner que trois Congolais".
"Quelques milliers de bons Cobras suffisent pour que nous reconstruisons. Nous n'avons pas besoin du reste."

avait déclaré Sassou Nguesso en quittant le pouvoir, en 1992, battu à la régulière à l'issue d'élection présidentielle au suffrage universel. L'on comprend pourquoi l'homme a une aversion maladive des scrutins au suffrage universel, sauf quand il les organise lui-même. Ces deux phrases résument à elles seules le programme de gouvernement de Sassou Nguesso, lequel avait été approuvé par Paris avant de lui octroyer le "pouvoir par procuration" dont il jouit aujourd'hui.

Telle est la devise de Sassou Nguesso et tel est le principe majeur au nom duquel il entend gouverner la cité. C'et là, à n'en point douter, une logique génocidaire soutenue par la mort violente au quotidien, les viols et l'errance des populations dans les forêts et ailleurs, partout à travers toute l'Afrique, voire en Europe et aux Amériques.

Ici, au Congo, on périt davantage d'assassinat crapuleux que de maladie, banalisant du coup la mort tant par sa fréquence que par la futilité de ses motivations.

Le retour à un système carcéral, partie intégrante d'une démocratie, soi-disant, où les forces, se disant démocratiques, laissent faire, est la manifestation concrète, une fois de plus, de l'émergence en terre congolaise, d'un régime de terreur. Celui-ci, entendez le système carcéral, pratique la discrimination systématique et systémique des groupes sociaux ou ethno-régionaux. Il recourt aux humiliations de tous genres et aux massacres gigantesques. La privation des libertés fondamentales, érigée en principe et système de gouvernement, reste et demeure la caractéristique essentielle de la pensée politique de ceux qui pensent désespérément imposer au Congo, l'imposture et l'usurpation du pouvoir démocratique légalement constitué.

En témoigne, une répression sauvage non justifiée, couverte par quelque Etat européen, s'identifiant aux faits ci-après circonscrits :

  • l'abrogation de la constitution ;
  • la dissolution de l'Assemblée nationale et de toutes les institutions républicaines ;
  • la récupération crapuleuse par les services, se dit-on officiels, de l'Etat, des biens meubles et immeubles des citoyens et des entreprises, des groupes ou groupements privés ;
  • la destruction sauvage des biens meubles et immeubles, propriétés exclusives des tiers ;
  • le refus d'autoriser la sortie du pays des citoyens et des cadres sur la base de leur appartenance régionale, ethnique et politique ;
  • la chasse à l'homme, contraignant celui-ci à se cacher dans des recoins, dans la forêt, en tous lieux malsains et inhospitaliers, acculant et exposant la victime à une vie indigne et aux intempéries de nature à provoquer la mort subite ;
  • la limitation excessive du droit à la ,libre circulation des biens et des personnes ;
  • une atteinte grave à la libre expression ainsi qu'à la liberté de parole, de presse, d'aller et venir, d'association ;
  • la légitimation du vol et des viols, leur légalisation et leur institutionnalisation par les services de répression ;
  • l'approche mécanique des situations dans la solution desquelles on privilégie la délation, l'intrigue, la ruse, la malice, la manipulation de la parole et sa systématisation, c'est-à-dire l'impossibilité de son déploiement sous une forme démocratique ;
  • une légitimité construite au sein d'une croyance qui associe le mythe et la violence physique, politique, morale, socio-économique, ethnique et psychologique ;
  • la désinformation qui trouve ici son heure de gloire ;
  • l'occupation ilégale des habitations privées ;
  • l'attribution et l'auto-attribution des commerces privés aux Cobras et assimilés, commerces acquis avec la caution des dirigeants autoproclamés et placés dans la catégorie de ce qu'ils appellent là-bas "le butin de guerre" ;
  • l'appropriation par les "officiels" (entendez la bande PCT à Sassou), les Cobras, les Angolais et assimilés des véhicules appartenant tant aux citoyens qu'aux institutions publiques nationales et étrangères (cas des véhicules de l'Ambassade des USA dont l'un au moins était devenu la propriété d'une personnalité parmi les plus indignes du "non gouvernement") ;
  • le dynamitage, commandité dans beaucoup de cas et l'appropriation crapuleuse dans tous les autres cas, des maisons des particuliers ;
  • le pillage systématique de tout, y compris des biens, propriété des organisations internationales dont notamment, dans cette toute dernière catégorie, ceux du Bureau régional de l'OMS ;
  • le paiement sélectif des salaires aux travailleurs des Administrations publiques, de la Police, de l'Armée, de la Justice, bref, de la Fonction Publique et leur utilisation comme appât pour attirer vers les bourreaux désignés, les victimes, par eux déjà identifiées ;
  • des meurtres froids sur la base de l'appartenance ethnique, régionale et politique ;
  • les braquages et les viols des femmes par ses milices privées, les tristement célèbres Cobras ;
  • l'assassinat au pire, l'emprisonnement au mieux, si on vous sait porteur de quelque indice, d'un livre, d'un tract dont l'auteur et/ou le contenu ne plairait pas aux putschistes et leurs protégés ;
  • le non respect du secret des correspondances (ouverture systématique du courrier postal, et fouille des bagages appartenant davantage aux voyageurs congolais et africains, à l'arrivée comme au départ, aux fins d'y déceler d'abord, du retrait ensuite, de tout document, journal, évoquant en de termes critiques, la situation du Congo ;
  • l'embargo total sur l'information, de celle-là qui ne rend pas compte des mérites exceptionnels des hommes en place et surtout, qui ne célèbre pas le culte de la personnalité de celui d'entre eux qui règne en potentat sur les cadavres et l'humiliation des Congolais ;
  • le traitement sélectif des étudiants. La tendance ici est de refuser la bourse à ceux des étudiants classés politiquement dans le camp de ceux qu'ils prétendent avoir remplacés. ADADA, le ministre des Affaires étrangères selon lui, en séjour à Ouagadougou (Burkina Faso), réunit une partie infime des étudiants repérés selon des critères discriminatoires ; il leur paie la bourse, reléguant l'immense majorité des étudiants privés de bourses depuis plusieurs mois, au triste rang des "laisés pour compte". Cette pratique est constatée partout où ce dernier se produit, souvent pour y déverser le mensonge grossier et le venin de l'intolérance qui alimentent au quotidien le discours du pouvoir putschiste qui se le veut, tout autant par les armes que par la parole, à la fois étranglée et confisquée, lorsqu'il s'agit des autres, unique et absolue, lorsqu'il s'agit d'eux ;
  • l'appropriation, de manière indue, par les autorités de police,se disant "nationale", des bagages de ceux des voyageurs à l'étranger, soupçonnés d'avoir des relations particulières, de famille notamment, avec les Congolais en exil. ELOBAKIMA, Commissaire central de police à Pointe-Noire, se reconnaît parfaitement bien à travers cette pratique. Lui qui se sait "héritier naturel" de tout : femmes, vêtements, chaussures, voitures, parures. Observez-le bien et vous le verrez, chaque jour, "taillé" dans des habits et des chaussures volés, acquis selon des pratiques honteuses, lesquelles inspirent indignation et pitié. Comme la satisfaction aveugle des intérêts égoïstes, ramenés à soi, suscite autant d'acharnement sur la personne !
  • la mise sur table d'écoute des communications téléphoniques. Ainsi caractérisée, la situation en cours au Congo est significative d'une confiscation criminelle des libertés. Elle traduit un Etat de siège que justifie si pertinemment l'occupation du Congo par des troupes étrangères, celle de l'Angola, notamment.

Chapitre 2. - Ce que le peuple attend toujours et qu'il n'aura jamais avec Sassou Nguesso

La lutte qui est imposée au peuple congolais par les forces du mal procède avant tout de la lutte de libération nationale dont le but est :

1. D'assurer le retrait inconditionnel de l'occupant et de mettre un terme à la quotidienne inquisition des "collaborateurs" à l'endroit des braves citoyens. N'est-ce pas que "se permettre de mauvais moyens pour un que l'on croit bon, c'est une maxime de conduite singulièrement vicieuse dans son principe ?". Il s'agit ici d'une lutte en vue du refus de l'importation de fait en terre congolaise du traumatisme engendré en Angola par vingt-quatre ans de destruction des échanges des échanges, de recrutements forcés et des déplacements obligés de populations, tous actes révélateurs de l'absence de garanties judiciaires dont la conséquence immédiate chez les citoyens est l'absence de démocratie, la répression sauvage, le bâillonnement de l'opposition, même velléitère.

2. D'arrêter le massacre dont sont victimes les groupes ci-après identifés :

  • les militants politiques non FDU (PCT) ;
  • les citoyens en lutte pour leurs droits les plus élémentaires : le manioc, le travail, un minimum de liberté et de dignité ;
  • tous les autres citoyens à l'exclusion de ceux du terroir de Sassou et de ses rares et insignifiants sympathisants. Ils sont tous soumis à des humiliations insoutenables et à une répression criminelle ;
    Une cruauté froide, génocidaire, calculée, cynique, fruit d'une logique tout aussi froide de destruction de l'électorat des autres par l'élimination physique, c'est-à-dire par la mort, s'abat sur de paisibles citpyens. On espère, ce faisant, accéder un jour à a magistrature suprême par le biais des urnes. Comme jamais auparavant, l'instinct criminel accompagne tous les faits et gestes de ceux qui, au Congo, ont pris la ferme résolution de se porter au pouvoir par l'épée.

3. De rétablir l'ordre et la discipline grâce :

  • au rétablissement de l'ordre républicain ;
  • à la restauration de la démocratie ;
  • à la réhabilitation de l'homme, du citoyen et du patriote ;
  • à la renonciation au crime ;<:li>
  • à l'adhésion de tous aux valeurs civilisatrices de liberté, de dignité, d'indépendance et de souveraineté ;
  • à la défense également partagée de la patrie contre l'occupation, la trahison et la traîtrise.

4. D'asseoir une nouvelle solidarité se donnant comme support la justice, la transparence et la démocratie.

Il faut sortir de la ruse, l'esprit de citoyenneté qui, volontiers, s'y réfugie et donner aux urnes sa valeur symbolique, même si celles-ci risquent de devenir les nouveaux symboles de la contestation, de l'aigreur et de la révolte. Il faut réhabiliter le civisme et affirmer en les confortant, de nouvelles solidarités. C'est pourquoi, il nous faut, ici et maintenant, déclarer dans leurs droits naturels, la constitution du 15 mars 1992 et les textes subséquents en vigueur.

Il nous faut, par voie de conséquence, déclarer, nulles et de nul effet, les décisions unilatérales et infamantes d'un pouvoir scélérat. Il faut, en outre, déclarer, fonctionnel et opérationnel, l'ensemble des institutions républicaines, elles-mêmes, fondement organique de la République.

Chapitre 3. - Denis Sassou Nguesso : dictateur ou démocrate ?

Découvrez l'homme à travers un itinéraire tracé par la lutte du peuple congolais.

En 1960, le Congo accède à l'indépendance. En août 1963, soulèvement populaire conclu par une intervention militaire,la première qui, contradictoirement, engage le pays dans une série noire de coups d'Etat. Ainsi donc :

1 - Coup d'Etat d'août 1963.

Principaux artisans :

a) Officiers impliqués directement :
Mouzabakani et Mountsaka parmi d'autres.

b) Accessoirement :
Denis Sassou Nguesso, alors officier de réserve, revendiquant avec deux ou trois autres de ses collègues, leur recrutement dans l'armée en qualité d'officier d'active et au grade de sous-leitenant.

Résultat : Il obtient le grade sollicité.
1968 : Coup d'Etat du 31 juillet 1968 connu sous la dénomination du mouvement insurrectionnel du 31 juillet 1968.

Principaux acteurs :
Capitaine Marien NGouabi, lieutenant Sassou pour ne citer que ceux-là.
- Ils procèdent à l'épuration de l'armée en la débarrassant des officiers gênant, pour l'essentiel, originaires des régions qu'ils considèrent ne pas appuyer leur action.

- Ils initient l'épuration de la Fonction Publique en la délestant des éléments, se dit-on, bourgeois, idéologiquement acquis à la cause de l'ennemi. L'ennemi ici étant l'impérialisme et ses démembrements locaux, à savoir, les féodaux, la bourgeoise compradore, les valets locaux et les intellectuels bourgeois, par opposition aux intellectuels révolutionnaires.

Dans l'intervalle, Sassou occupe des fonctions parmi les plus importantes :

  • Dirige le Groupement aéroporté (GAP) dont sont issus les nouveaux maîtres du pays. N'est-ce pas que le GAP assure la sécurité du pouvoir ?
  • Organise la Sécurité d'Etat (police politique) en tant que son chef nº 1. C'est le règne de l'inquisition, des tribunaux d'exception et des exécutions sommaires, de la censure, de la parole et de l'expression interdites, de la confiscation des libertés.

Pour tout dire, c'est le règne de la méconnaissance totale des droits de l'homme, c'est-à-dire, de l'affirmation du non-Etat.

1972 ; Réduction par la force, le sang, du coup d'Etat manqué connu sous l'appellation du Mouvement du 22 février (M.22) conduit par Ange Diawara, Kimbouala-Nkaya, Olouka et Ikoko, entres autres, etc.

Sassou (qui n'a pas encore le rajout "Nguesso"), aux côtés de Ngouabi, y prend une part très active. Extrémiste, il contraint Ngouabi, sans le pouvoir, à l'expédition dans une fosse commune, des promoteurs de coup d'Etat dont le nombre dépasse la centaine.

Le carnage qui s'en suit, les règlements de compte qui endeuillent un peuple devenu son otage, sont à inscrire à son actif. Il était, rappelons-le, le chef de la "Securitate". A ce titre, il était, pour les inculpés, et l'accusateur et le juge. "Tant pis pour toi si ta tête ne lui revient ou convient pas", telle est la devise dans son entourage.

1977 : Assassinat de Marien Ngouabi.

Le but est d'empêcher Marien Ngouabi d'apporter des aménagements à un système stérilisant qui organise le monopole de tout sur le tout. Monopole détenu par une minorité de personnes contre le peuple tout entier.
La volonté de dialogue exprimée par le président Ngouabi, ses rencontres suivies avec l'ancien président de la République, Alphonse Massamba-Débat, destitué par lui, inquiète la clique de Sassou, partisane de la ligne dure, de ceux de sa "race" qui, s'appuyant sur la "pureté idéologique", comme d'un simple prétexte pour justifier et réserver, de manière exclusive, la gestion du pays aux seuls éléments issus de leurs rangs. Ce putsch est l'occasion toute trouvée de procéder à l'élimination physique de tous ceux qui, de loin ou de près, gênent.

Sassou se fait "Président", le temps des obsèques de Ngouabi, entendez le temps des purges et de "l'épuration idéologique" en vue de l'assainissement des rangs et du milieu.
C'est, vraisemblablement, le temps "des horribles petits matins" et des tonitruants communiqués radiodiffusés, lesquels annonçaient cyniquement les exécutions sommaires intervenues aux premières heures de la matinée ; les assignés à résidence pour une durée indéterminée ; les déportés d'une localité à une autre ou d'une région à une autre (exil intérieur), dans des conditions de dénuement total et cela, sans jugement ; les exclus de la Fonction Publique du fait des épurations systémiques.

Le ministre Pierre Nze, est l'une des victimes de ces moments douloureux. Il serait souhaitable de l'entendre sur un passage combien émouvant de l'histoire de sa vie, à la fois de citoyen et d'homme politique. Peut-être, sa position privilégiée des temps présents aura-t-elle réussi à effacer les cicatrices indélébiles d'une blessure qui supure toujours.

Rappelons que Sassou, après avoir conduit à son terme l'opération consistant à laver le crime en le débarrassant de toutes traces et des témoins susceptibles de renseigner sur ses vrais auteurs, se met derrière Yhombi Opangault. Au nom de ce dernier et en sa qualité de Premier Vice-président du Comité militaire du parti (CMP), ministre de la Défense, premier responsable du parti, cumulant avec lui la direction des organisations des masses, il organise la répression sauvage, envoyant, ce faisant, à la fosse commune, les présumés assassins de Ngouabi.

On procède, malgré l'existence de pure forme des tribunaux pourtant d'exception, à des exécutions sommaires, là où, précisément, la lumière peut être faite. C'est le cas, notamment de Kikadidi, recherché, retrouvé et abattu froidement (sans sommation) par les hommes de Sassou alors que l'ordre donné était de le ramener vivant et ceci, pour la manifestation de la vérité.

C'est également le cas de plusieurs milliers de victimes. On pourrait, à titre purement démonstratif et illustratif, citer quelques cas parmi les plus crapuleux. Ceux-ci ont l'avantage certain de situer le lecteur sur l'ampleur du cynisme, sur les dispositions naturelles de leurs auteurs à la violence ainsi que sur leur intimitécaractérielle avec le crime. Il s'agit notamment de :

  • Alphonse Massamba-Débat, ancien président de la République ;
  • Cardinal Emile Biayenda, premier Cardinal congolais, Archevêque de Brazzaville, dont pourtant l'apolitisme n'était pas à démontrer ;
  • Capitaine Kimbouala-Nkaya, Saint-cyrien de sa formation, et paradoxalement l'un des meilleurs amis de Sassou ;
  • Artiste-Musicien international, auteur-compositeur, Franklin Boukaka, connu pour la fécondité et la sagacité de son œuvre.
Tous ceux-ci ont été froidement abattus sans jugement. Sauf pour le cas de Massamba-Débat par une Cour (?) se disant "Martiale".

1979 : Coup d'Etat de Sassou Nguesso par lui et pour lui-même, débouchant sur treize années de pouvoir absolu et de règne sans partage. La machine de répression est à l'apogée de son efficacité. Ce règne fait constater :

  • la confiscation des libertés fondamentales ;
  • l'application d'une censure abrutissante et avilissante sur toutes formes de production littéraire, artistique, musicale, etc.
  • l'éclosion et la montée vertigineuse de la corruption ;
  • le détournement des biens publics ainsi que l'enrichissement illicite ;
  • la suprématie des stéréotypes et des clichés sur la créativité et l'innovation ;
  • la chute et la dépravation des mœurs, des valeurs morales et l'extinction brutale du civisme ;
  • l'incivisme et les tendances à l'autodestruction nationale ;
  • l'extraversion de l'économie nationale avec une approche de développement socio-économique fondée sur des projets non structurants ;
  • l'anarchie, l'archaïsme et l'empirisme dans la détermination, la définition et la localisation des investissements.
Autant de situations qui enlisent le pays dans l'incurie, la médiocrité et la démission nationale.
Elles suscitent la démotivation, démobilisent le citoyen et le disqualifient de toutes les tâches de développement, en le détournant de la Patrie.

En revanche, le "putschiste" Sassou veut un pouvoir, soi-disant fort, entendez absolu. C'est le seul moment où il se sent une complicité avec la République, la sienne. D'une République qui épouse parfaitement bien les frontières infranchissables d'un amour-propre dont l'expression le confine à la bestialité et au crime. Ici, la passion cynique se double d'une volonté aristocratique dont les malheureuses victimes subissent fatalement le bannissement, l'exil, la prison, la torture, les mauvais traitements et connaissent l'enfermement, la persécution, la punition, l'incarcération, lorsqu'elles ont pu échapper à la mort.

Les cas évoqués ci-dessus, illustrent bien une telle assertion que vient conforter le cas particulier de Pierre Anga, cet officier de l'armée populaire nationale, membre du Comité militaire du parti (CMP), comme lui, qui, pour l'avoir dénoncé comme l'un des principaux commanditaires, sinon le principal, de l'assassinat perpétré contre le président Marien Ngouabi et d'avoir attiré l'attention du président Yhombi Opangault sur ses menées subversives, en vue d'un coup d'Etat qui le porterait au pouvoir, est devenu son ennemi. Aussi, devenu président de la République, il l'assigna à résidence pour une durée indéterminée dans son village natal au motif qu'il était partisan de la ligne droitière et "liquidationniste" dont était rendu coupable, son prédécesseur. L'accusant par la suite d'avoir érigé des barricades, il résolut de lui faire la uerre, estimant quant à lui que la République était en péril, son autorité bafouée. Il y a vu la manifestation concrète d'une rébellion et le prétexte tout fait pour justifier l'organisation et la conduite d'une campagne de réduction d'un maquis dont les combattants sont des parents immédiats, ses enfants en particulier. Ce fut l'occasion d'une mobilisation générale qui amena toute l'armée populaire nationale à se transporter sur les lieux du combat, précisément à Owando, à environ 400-600 km de Brazzaville, la capitale. Cette bataille d'Owando fut engagée avec les moyens les meilleurs qu'ait pu posséder l'armée nationale. On pouvait y dénombrer toute l'armada de guerre, notamment les auto chars, les blindés, l'artillerie lourde. Bénéficiant toujours des concours extérieurs, les transals français furent eux aussi de la partie. Voilà comment on vint à bout d'un homme seul, contraint à l'exil dans son propre pays et finalement, retiré dans la forêt, pour sa survie.

Capturé vivant, il fut achevé dans les mêmes formes et selon les mêmes procédures que celles évoquées plus haut. Il est aisé de comprendre dans le cas qui nous occupe que notre dormeur inoffensif était loin de l'homme qu'on a dérangé dans son profond sommeil. Et pourtant, les actes posés ici sont en parfaite adéquation avec le comportement belliciste de l'homme dont le caractère belliqueux et l'instinct criminel sont confirmés par le coup d'Etat du 5 juin 1997 et les crimes qui le sous tendent.

Dans le cas particulier de la guerre d'Owando, notons au passage que Sassou est déjà, pour ceux qui tiennent à la comptabilité, à au moins deux voire trois guerres, les victimes de cette tragédie sont toutes ressortissantes d'une même localité, d'un même groupe ethnique, d'une même famille. Il ya là, pour ceux qui sont "amoureux" de nouveaux mots, lieu de parler très justement de génocide. D'ailleurs, on aurait tort de croire qu'il s'agirait là des meurtres désormais classés. Détrompez-vous, il s'agit fort heureusement et en cette matière des infractions frappées du sceau de l'imprescriptibilité.

Ainsi que vous le constatez vous-mêmes, tous les ingrédients caractéristiques d'un Etat de dictature sont ici réunis. Désormais, chez nous, c'est-à-dire au Congo, le meurtre, l'inceste même n'arrêtent point les tyrans. Ici, il n'y a plus, ni extravagance, ni infamie. Les mauvais désirs des dirigeants tombent dans les pires dérèglements, tandis que le peuple, abusé et traumatisé, s'endort et cesse d'entraver le noble essor de la raison.

Ici, trône en dernière analyse, la primauté de l'esprit de gain et de vil négoce qui a succédé à la primauté du courage. C'est le règne du non droit sur le droit et de la force sur la raison. C'est, sans conteste, à cette situation déjà vécue que nous conduit, une fois de plus, Sassou Nguesso.

Force nous est de constater que Sassou prend le pouvoir, semble-t-il, après le 15 octobre 1997, date authentifiée de l'entrée sur le territoire national congolais des troupes étrangères, angolaises notamment, appuyées de mercenaires d'origines diverses, mais aussi de troupes française, tchadienne et marocaine.

Sassou opère son coup d'Etat avec des moyens extra-nationaux, au grand mépris du principe de la Souveraineté nationale, de l'intégrité territoriale et de toutes les valeurs qui fondent la Patrie, la Nation et la République. Il y a, de toute évidence, avec tous les facteurs évoqués ci-dessus, la manifestation concrète d'une criminalité qui justifie parfaitement le rejet du droit, l'action selon la disposition inacceptable de "ni foi, ni loi". C'est pourquoi on peu, ici, bâtir son entreprise sur la base d'un imbroglio juridique que seule permet la volonté affirmée de puissance, c'est-à-dire le primat de la force sur le droit.

DE QUOI S'AGIT-IL ?

Il s-agit de comment Sassou Nguesso s'installe au pouvoir. Lorsque ce dernier s'y installe, il agit ainsi qu'il suit :

Acte nº 1 :
- abrogation de la Constitution ;
- suspension de toutes les institutions républicaines dont le pouvoir judiciaire et notamment la Cour suprême.

Acte nº 2 :
- production d'un Acte fondamental conçu par lui et pour lui, valant constitution de la République.

Acte nº 3 :
L'Acte fondamental prescrit que Sassou prête serment devant la Cour suprême. En fait foi, l'énoncé même du serment.
Rappelons que l'Acte fondamental traite du cas personnel de Sassou en tant que président de la République autoproclamé. En d'autres termes, la constitution de la République du Congo est un texte organique personnalisé. Et pourtant, celui-ci réglemente désormais la vie de la Nation toute entière.

Ainsi que nous l'avons dit plus haut, Sassou est un président autoproclamé. En témoignent :
- sa déclaration de prise de pouvoir ;
- sa signature en bas de l'Acte fondamental ;
- ses décisions portant abrogation de la constitution et dissolution des institutions républicaines ;
- la nomination d'une Cour suprême, plus exactement la reconduction d'une cour suprême dont les membres étaient nommés par lui avant son cuisant échec aux élections présidentielles qui ont vu arriver au pouvoir Pascal Lissouba.

Précisons que l'Acte fondamental subordonne la prise de fonction par le président de la République à sa prestation de serment devant la cour suprême.

Que s'est-il passé concrètement dans la pratique ?
De manière chronologique, Sassou s'autoproclame président. Il prend des actes en cette qualité et procède à la nomination des juges de la cour de la suprême, estimant quant à lui, que l'Etat n'a plus existé depuis son départ du pouvoir.

Revenu au pouvoir dans les conditions que nous avons succinctement évoquées ci-dessus, quelles peuvent être la nature juridique et la validité des actes pris ?
Au regard de son Acte fondamental, qu'est-ce qui lui est confortable et qu'est-ce qui s'en écarte ?

Le désordre juridique, généré à dessein par les dirigeants autoproclamés, justifie chez eux, la volonté de restaurer les vieilles habitudes du monopartisme à la sauce stalinienne. Ce sont celles :

  • du diktat ;
  • de la banalisation du droit ;
  • du primat de la force sur le droit ;
  • du monopole de la vérité ;
  • du refus de tout dialogue et de la concertation ;
  • de l'esprit de côterie ;
  • de la manie du beau rôle ;
  • du culte de la personnalité ;
  • du crime impuni ;
  • etc…
Voilà en réalité ce qui justifie et explique en partie la Baule à l'extérieur.
Voilà comment, à la lumière des enseignements de Gorbatchev, et tenant compte de l'oppression dont est victime le peuple congolais, les forces vives du pays se sont unies autour de l'idéal démocratique pour organiser, à l'intérieur du pays, la lutte de libération du peuple, lui-même traumatisé, traqué, tétanisé et humilié.

Fut alors interpellé le pouvoir absolu de Denis Sassou Nguesso comme le furent tout autant les autres pouvoirs de la même nature, aujourd'hui bannis, honnis et éteints.
S'est ouverte alors l'ère des conférences nationale souveraines qui ont constitué, sur le plan historique, une rupture totale du passé avec le présent.

Les dictatures ont été ainsi vaincues et la tempête démocratique les a toutes balayées, même si, ici et là, subsistent encore les conditions de leur réapparition.

La démocratie au Congo n'aura donc pas été un don de quelqu'un à son peuple.
Elle n'aura été, ni la preuve d'une magnanimité, ni celle d'une générosité imputable à un prince, mais l'expression même de la lutte du peuple.

Par ailleurs, la Conférence Nationale Souveraine (CNS) n'aura pas été, elle non plus, un Coup d'Etat, mais un moment important de prise de conscience collective. Celle-ci se réalise au travers de l'examen du bilan d'un exercice de plus de trente ans, rapporté à l'échelle d'un peuple, le peuple souverain, représenté selon un échantillonnage intégrant l'ensemble des intérêts parfois antagoniques, tels qu'ils s'expriment en son sein.

La Conférence Nationale Souveraine aura été aussi l'occasion ultime au cours de laquelle se sera manifestée la volonté commune d'aller à la démocratie sur une base consensuelle, matérialisée par un ensemble d'options dont la plus importante d'entre elles était la Constitution. Un constitution qui reçût ses orientations de la Conférence Nationale Souveraine. Elle fut mise en forme par le Conseil Supérieur de la République, émanation de la CNS. Ellefut également soumise à l'adoption par le peuple en mars 1992 par voie référendaire, sous l'autorité technique, politique et administrative du Conseil Supérieur de la République.
Dès lors, la Constitution de mars 1992 ne saurait être ni la constitution de Sassou, ni celle de Lissouba ou de quelque autre individu.

Précisons néanmoins que cette constitution fut votée par le peuple congolais en mars 1992, avec Sassou comme prsident de la République et Milongo André, premier ministre du gouvernement de transition. Voilà pour les faits.

5 juin 1997 : Coup d'Etat de Sassou Nguesso.
D'un Sassou qui avait été régulièrement battu aux élections, lesquelles sont intervenues sous lui, alors président de la République.

Son attitude qui a consisté en l'abrogation de la constitution et en la dissolution des institutions républicaines ne peut que renseigner utilement sur la nature autocratique de l'individu et sur la portée intrinsèquement anti-démocratique des actes ainsi posés.

Rappelons, à toutes fins utiles, que ces institutions ont été mises en place démocratiquement. Que les députés de l'Assemblée nationale ont été élus au scrutin uninominal à deux tours et sur la base d'un suffrage organisé sur le plan national. Ces élections sont intervenues conformément aux dispositions du code électoral, lui-même élaboré et adopté par le Conseil Supérieur de la République, en conformité avec les orientations édictées par la Conférence nationale souveraine.

Tous les partis ont participé aux élections organisées par une commission électorale indépendante, présidée par un membre de l'opposition, aujourd'hui, ministre du "non-gouvernement" Sassou. Le Sénat, comme toutes les institutions républicaines, a été mis en place dans le même esprit et en s'i,nspirant toujours des dispositions constitutionnelles ainsi que des aspirations politiques consensuellement admises par la classe politique.

Le point sur la justice mérite qu'on s'y arrête un moment. Les juges de la cour suprême sont inamovibles. Telle est la volonté des conférenciers traduite en acte juridique par les constituants. Tel est en définitive le choix opéré par le peuple congolais. Tels sont la lettre et l'esprit de la Constitution.

La constitution fait de la justice un pouvoir indépendant. Comment expliquer que des citoyens qui ne sont pas des êtres venus d'ailleurs, comme le seraient des extra-terrestres (Martiens ?), ceux-là même qui ont participé à l'élaboration d'abord, à la défense ensuite, de ces principes, aient choisi de les abroger purement et simplement, brisant, ce faisant, le consensus national et privilégiant l'affrontement ? On recourt au droit lorsque ça plaît. On le rejette lorsqu'on n'y trouve pas son compte sur le plan personnel.

Cette approche sélective chez ces messieurs, montre bien que le droit n'est pas au centre des choses de la vie et de la nation. Il reste entendu que là où le droit n'existe pas, il y a le non-droit. Celui-ci conduit au NON ETAT et le NON ETAT constitue l'expression achevée d'un Etat placé sous l'empire du NON ETAT DE DROIT. C'est cela le Congo de Sassou. Interrogeons-le et nous verrons que nous sommes dans un pays où désormais :
- le ridicule ne tue pas ;
- les viols, la honte, le crime et l'humiliation ont été érigés en vertus gouvernementales ;
- l'incivisme, la trahison et la traîtrise, la délation sont devenus le lot quotidien.

Le Congo est, aujourd'hui encore, le pays des règlements de compte, des exécutions sommaires, de l'incitation à la haine ethno-tribale et à l'exil des cadres militaires, techniques et administratifs, le pays de l'oppression de la plus grande majorité du peuple réparti sur l'ensemle du territoire national, par une poignée de revanchards et de "jusqu'au-boutistes" dont le passé, pour la plupart d'entre eux, est de triste mémoire.

Le Congo est, aujourd'hui encore, le pays du monopole de la vérité, de la pensée unique, de l'inquisition, de l'exclusion, de la discrimination, de la ségrégation, des hors-la-loi, d'un parti unique. Tous les actes posés par ce régime venu d'ailleurs visent à décourager le peuple, à éloigner les leaders politiques, à stériliser la pensée et à faire aboutir un projet abominable, à celui d'asseoir la dictature et d'en découdre définitivement avec la démocratie.

Le Congo d'aujourd'hui est le Congo de l'imposture et de l'usurpation, le Congo du "diviser pour régner". On crée la terreur et on s'installe le temps que l'on veut. L'insécurité fait partie de la stratégie des hommes au pouvoir quant à leur maintien. L'ordre, le droit, le devoir et la sanction qui l'accompagne ne les habitent pas.

Aussi leur faut-il assassiner, traumatiser, tétaniser pour obtenir soumission et obéissance et faire oublier l'exigence du jeu démocratique, notamment l'élection, ce démon selon eux, dont la simple allusion provoque chez certains des urticaires, une allergie et pourraient susciter à tort, comme c'est toujours le cas chez eux, une réplique sanglante. La France de Jacques Chirac, le maître d'oeuvre, s'en accomode et s'en régale, tels des vampires, des charognards ou des vautours.

- Allez dans les forêts du Mayombe et dans celles toutes aussi denses du nord du pays et vous y trouverez un monde de plus en plus nombreux qui s'y cache pour fuir la mort gratuite.

- Parcourez les Capitales africaines de l'Afrique au sud du Sahara, et vous apprendrez que les Congolais qui n'ont jamais été que des hommes assis chez eux, même par temps de "tornade orageuse", sont désormais devenus des nomades.

On vous dira en outre que tous ces exilés, à quelques variantes près, sont qui médecin, qui ingénieur, magistrat, économiste, administrateur, professeur, inspecteur des finances, de douane, des impôts, etc…

Le Congo d'aujourd'hui est le Congo des arrestations arbitraires et de l'empoisonnement (assiette roumaine) des citoyens chez des particuliers, dans des édifices publics non spécialisés, dans des conditions de détention indescriptibles.

Le Congo d'aujourd'hui est le Congo d'une marche à contre sens dont l'objectif, quasiment atteint, est celui du droit de tuer impunément, de régner sans partage, de brader les richesses nationales qui ne nous appartiennent d'ailleurs pas depuis la colonisation et les années 1960, et de procéder, même dans ce troisième millénaire, à la restauration du règne de l'arbitraire, du pouvoir absolu, sur la base des Actes fondamentaux iniques et à l'exclusion de la Constitution comme a toujours vécu le Congo, de juillet 1968 à la Conférence nationale souveraine de 1991.

Le Congo d'aujourd'hui est le Congo des maisons d'arrêt bourrées de prisonniers politiques quant ils ne sont pas suppliciés, contrastant ainsi avec une situation de la dignité retrouvée, celle de l'inexistence du prisonnier politique.

Le Congo d'aujourd'hui est sans aucune équivoque le Congo de la dictature et de l'oppression d'un peuple humilié et infantilisé.

Le Congo de Sassou est le Congo de la négation de la démocratie, du mépris et du non respect des droits de l'homme. C'est le Congo de la confiscation des droits et des libertés fondamentales, de l'affirmation servile de l'unanimisme, des clichés et des stéréotypes.

Le Congo d'aujourd'hui est le Congo de l'exclusion du peuple par des dirigeants autoproclamés, celui du refus du recours aux urnes comme seuls moyen crédible d'accession au pouvoir. Un adage populaire dit d'ailleurs : " Qui a bu, boira".

Un homme ou un groupe d'hommes qui a bâti son bonheur sur le malheur des autres et qui l'aura réussi pendant plus de trente ans, peut-il y renoncer durablement si l'équivalent sous des formes tout aussi équivalentes ne lui est pas garanti ?

Le Congo n'a pas de nouvelles expériences à vivre avec des gens qui ne lui ont jamais proposé que la désolation et l'humiliation. Doit-on attendre une éternité au pire, encore trente ans dans le meilleur des cas, pour réserver une fin de non recevoir à la reproduction d'un schéma porteur de crimes, de traumatismes, d'humiliations, de soumission du peuple aux intérêts étrangers et par-dessus tout, de la perte de souveraineté pour le peuple et l'indépendance pour le pays ?<:p>

La Communauté international est interpellée pour l'aide et le concours qu'elle se doit d'apporter au peuple congolais qui lutte pour sa réconciliation avec lui-même, la restauration de la légalité constitutionnelle et la légitimité républicaine, pour la reconquête de l'espace démocratique et des libertés fondamentales confisquées ainsi que pour la réhabilitation de l'idéal républicain.<:p>

Les troupes étrangères, angolaises, tchadiennes, marocaines, françaises, doivent être, sans délai et sans conditions, boutées hors du territoire national congolais.

Le Congo d'aujourd'hui est le Congo :

  • de l'illégalité institutionnalisée ;
  • de l'assujettissement du peuple libre du Congo par des mercenaires et des troupes d'occupation ;
  • de la résurrection du Tout-Etat, une donnée qui se situe aux antipodes de l'esprit de négociation et de concertation. Celui-ci se pose en obstacle à la liberté d'entreprendre, partant, à l'initiative privée et davantage, à l'expression démocratique.
  • d'une résistance intérieure qui s'organise. Le Congo d'aujourd'hui est celui dont la lutte de libération du peuple congolais doit amener les nations et le collectif démocratiques à unir leurs voix et à conforter leur solidarité en vue de :
    • Isoler les putschistes et combattre l'usurpation ;
    • Réfléchir à l'histoire de l'Afrique en se référant à celle douloureuse de l'esclavage et de la colonisation ;
    • Réfléchir aux rapports entre les démocraties des pays d'Afrique Noire et la force colossale des puissances financières internationales ;
Les Africains en général, et les Congolais en particulier, doivent résister aux vents contraires à la liberté et aux droits de l'homme qui ont repris à souffler maintenant, malgré les efforts consentis jusqu'avant juin 1997 dans le cas du Congo, lesquels ont eu le mérite de balayer les retards accumulés dans ce domaine, du fait de la pratique "totalitariste" d'un homme, le "monarque Sassou" (pratiques d'avant-hier et d'aujourd'hui).

Sassou Nguesso, démocrate ou dictateur ?

A cette question, la réponse est désormais claire. Il vous revient maintenant d'en tirer les conclusions et toutes les conséquences qu'impose la lutte pour le triomphe de la démocratie, la restauration de la légalité constitutionnelle et de la légitimité républicaine au Congo-Brazzaville.

Pour cela, il vous suffira d'élargir les rangs des démocrates et de vous inscrire, ce faisant, à AFRICA HUMAN VOICE INTERNATIONAL (AHVI), soit comme membre actif, soit comme membre bienfaiteur. Mais aussi comme membre partenaire ou membre associé si vous êtes une organisation, une association (ONG) dûment enregistrée et reconnue.