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CONGO-PPTE :
Le Congo respectera-t-il sa parole ?

10/3/2006

La Banque mondiale (BM) a de nouveau exhorté le Congo, qui vient d'accéder à l'initiative de réduction de la dette des Pays pauvres très endettés (PPTE) à renforcer la lutte contre la corruption et la transparence dans le secteur pétrolier, ce qu'il s'est engagé à faire.

Le Congo doit "renforcer la transparence dans la gestion des revenus pétroliers, mettre fin au conflit d'intérêts à la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC) et élaborer un programme national contre la corruption", a déclaré à la presse le directeur pour l'Afrique centrale de la BM, Pedro Alba.

Il a ajouté que le Congo devait aussi "achever l'élaboration du document stratégique de lutte contre la pauvreté".

« Il s'agit là des déclencheurs qui permettront au Congo d'atteindre le "point d'achèvement" de l'initiative PPTE », c'est-à-dire le moment où ce pays pétrolier pourrait voir sa dette "annulée de 61%", a précisé M. Alba.

La dette du Congo était à la fin 2004 de quelque 9,2 milliards de dollars.
L'arrivée au "point d'achèvement" peut prendre plusieurs années et d'ici là, le Congo doit "négocier" séparément avec chacun de ses "créanciers pour obtenir l'annulation de sa dette", a-t-il rappelé.

Dans une déclaration diffusée vendredi par la radio nationale, le ministre congolais des Finances, Pacifique Issoïbeka, s'est pour sa part félicité de la décision annoncée mercredi par la BM et le Fonds monétaire international (FMI) de considérer le Congo éligible à l'initiative PPTE.

"Le gouvernement s'engage à poursuivre les réformes jusqu'au point d'achèvement de l'initiative PPTE", a-t-il ajouté.

Le FMI et la BM "ne pouvaient pas s'opposer à cet accès parce que nous travaillons avec elles", a estimé M. Issoïbeka, saluant les "efforts du président (congolais) Denis Sassou Nguesso".

Avant d'autoriser le Congo à accéder à l'initiative convoitée, le président de la BM, Paul Wolfowitz, avait affirmé que l'allègement de la dette ne serait pas octroyé "sur la base de promesses, mais sur la base de performances".

Il avait rappelé que 70% des Congolais vivaient avec moins d'un dollar par jour dans un pays où l'or noir rapporte officiellement chaque année deux milliards de dollars.

Dans un rapport publié en 2005, l'ONG Global Witness, basée à Londres, a mis en cause l'entourage du président Sassou Nguesso, accusant directement le directeur général de la SNPC Denis Gokana d'être l'artisan de montages financiers destinés à dissimuler les pétrodollars.

Ces montages complexes, qui s'appuient sur des sociétés écrans, ont été mis au jour en novembre par la justice britannique.

Face à ces accusations, Brazzaville a dénoncé une "campagne de dénigrement" mais a reconnu avoir "caché" ses revenus pétroliers pour se "protéger" de "créanciers vautours" qui essayeraient de saisir ses comptes. "Les opérateurs de ces +fonds vautours+ sont des gangsters, des bandits qui s'attaquent aux pays pauvres", avait déclaré le président du Congo lors d'une conférence de presse jeudi dernier à Paris, souligant qu'en matière de morale, le Congo n'avait pas de leçon à recevoir d'ONG comme Global Witness.