AFRICA HUMAN VOICE INTERNATIONAL
Fédération d'Afrique
« La seule chose de bien à l'action de la violence, c'est l'action des hommes de bien »

CONTRIBUTION DE AHVI
au Forum International sur "l'Evolution
des Relations Europe-Afrique"
Paris, le 23 avril 2005


 

Le 23 avril 2005 s'est tenu à Paris, à l'initiative du MEDDA-France et du COPACI, un forum sur l'évolution des relations Europe-Afrique. En raison du temps qui nous était imparti, celui-ci ayant été réduit de cinq minutes comme indiqué lors de l'invitation à deux minutes au cours des interventions, notre représentant a donc décidé de faire une courte déclaration et préféré remettre le document ci-après aux organisateurs pour le diffuser dans leur Bulletin d'information, le cas échéant. Qu'à cela ne tienne, nous vous le livrons in extenso.

 

 

Mesdames,
Messieurs les Organisateurs du Forum,

Africa HUman Voice International (AHVI) félicite MEDDA-France et COPACI d'avoir pris cette initiative, et saisit cette occasion pour leur dire qu'elle est heureuse de l'avoir invitée à ce Forum.

Le thème en lui-même est tout un programme qui nécessiterait même plusieurs jours de débat. Mais faisons court.

Nous parlons bien de l'Europe et de l'Afrique. Un vaste débat quant à l'évolution des relations entre les deux continents.

L'Europe est constituée de plusieurs Etats membres qui, chacun, mène sa politique étrangère, sa diplomatie comme il l'entend, sans s'en référer ni au Conseil de l'Europe, ni à la Commission Européenne, encore moins au Parlement Européen. Chacun de ses Etats membres garde sa chasse gardée ou son pré carré, ses zones d'influence selon qu'il a eu ou non une ou des colonies en Afrique.

Ainsi la politique africaine de l'Union Européenne est tributaire des politiques sectaires et unilatérales de ceux-ci. Elle approuve, les yeux fermés et les oreilles bouchées, les arguments que lui présente l'Etat membre qui lui dit mieux connaître la "psychologie et la philosophie" des peuples qui y vivent.
L'Afrique francophone est victime et souffre de cette cécité européenne.

Le génocide du Rwanda, la guerre en RDCongo, les guerres à répétition suivies de crimes contre l'humanité au Congo-Brazzaville, la guerre de Côte d'Ivoire, la révolte des populations du Togo sont à mettre au crédit de cette politique sélective et discriminatoire.

Les générations des années 1960 ne sont plus celles d'aujourd'hui en 2005. Elles ont évolué. Ici en Europe et là-bas au niveau de ceux qui gouvernent ou convoitent le pouvoir, personne ne s'en rend compte. A ce rythme, nous redoutons des déflagrations plus catastrophiques et dramatiques que celles d'aujourd'hui. Déjà il est décrété ici en Europe que la démocratie est un luxe pour les Africains, sans doute parce que nous n'en sommes pas dignes ou parce que nous n'en sommes pas capables, doit-on estimer au niveau de certaines spères.

Et pourtant, lorsqu'on scrute les accords de coopération et de défense signés depuis 1960, on constate que ceux-ci n'ont jamais bougé d'un iota. Sur la base de ces textes restés statiques, immuables et inamovibles, nous avons compris qu'il nous a été transféré des compétences sans compétences, des indépendances sans indépendance. Tout ce qui est en surface et dans nos sous-sol ne nous appartient pas depuis des siècles. Pour pouvoir en user, il nous faut demander l'autorisation, la permission à la puissance tutrice, c'est-à-dire à la puissance qui nous assujettit jusqu'à ce jour. Cette puissance contrôle aussi la monnaie. Pour preuve : toutes les dévaluations du franc CFA ne l'ont pas été par la volonté ou par la décision des Africains. Elles sont venues d'ailleurs.

Pour notre part, nous considérons que la dignité et la souveraineté totale d'un Etat, quel qu'il soit, repose sur sa capacité de battre sa propre monnaie. Nous, Africains, sommes loin de cela, non parce que nous en sommes incapables, mais simplement parce que nous devons servir de lavoirs et de pourvoyeurs. Quiconque desdits Chefs d'Etat africains qui se risquerait de remettre en question cette situation ubuesque se retrouverait devant un coup d'Etat qui le limogerait quand il n'est pas purement et simplement assassiné. Il arrive qu'on lui fabrique une situation inextricable pour laquelle on le taxera de "fasciste".

- Mais, ceux qui la lui ont fabriqué ne le sont pas.
- Ceux qui attisent le feu pour des motivations ou intérêts plus ou moins avoués ne le sont pas.
- Ceux qui organisent, financent des crimes, des génocides pour garantir leurs "intérêts" économiques et financiers ne sont pas fascistes.

Que d'hommes politiques n'ont pas été assassinés ou limogés pour avoir voulu diversifier leurs partenaires économiques. Ceux qui ont monté ces opérations de loin, hors de l'Afrique, ne sont pas des criminels, des fascistes. Ce sont aussi les mêmes qui nous parlent de démocratie et des droits de l'homme.

Comme le pouvoir en Afrique est un pouvoir par procuration semblable à celui conféré aux Préfets de région, alors nous n'avons rien à dire.

C'est pourquoi, pour résumer et conclure, nous disons qu'"En Afrique francophone, le principe du pouvoir est simple. Celui qui remue la queue, rampe, lèche les bottes et garantit les intérêt de quelque pays européen, même s'il est reconnu être un criminel indécrottable et impénitent, celui-là est jugé apte à gouverner ses compatriotes".

C'est cela qui justifie le remplacement de tel chef d'Etat par son fils, au grand mépris du verdict des urnes.

Le dossier des disparus du Beach de Brazzaville par exemple souffre de cette main mise et du déni de justice. Ici on avance l'immunité diplomatique d'un individu reconnu criminel (Cf. Affaire Ndengué), là on demande la levée de celle-ci pour avoir roulé à plus de 130 km à l'heure, même s'il n'y a pas eu mort d'homme. Souvenons-nous de ce diplomate du Quatar.

C'est çà l'Europe. C'est ça aussi l'Afrique des "Sous-hommes". Car Colbert n'est pas mort.

Dans ces conditions quelle sera l'évolution des relations entre l'Europe et l'Afrique dans 5, 10, 20, 30, 50 ans au moins ?

Nous estimons, puisque les maux de l'Afrique viennent à 90% des pays du NORD, qu'il est certainement temps que ceux-ci commencent par opérer la décolonisation de leur propre mentalité.

La solution pour des relations europe-afrique dignes et saines est à ce prix.

 

Paris, le 23 avril 2005

Pour AHVI,
Jean-Claude Mayima-Mbemba
Secrétaire Général