AFRICA HUMAN VOICE INTERNATIONAL
Fédération d'Afrique
« La seule chose de bien à l'action de la violence, c'est l'action des hommes de bien »

FRANÇAFRIQUE


INTERVIEW
DE JEAN-CLAUDE MAYIMA-MBEMBA
Secrétaire Général de AHVI,
le 30/01/2006

M. Jean-Claude Mayima-Mbemba est originaire du Congo-Brazaville. Secrétaire général de l'Ong Africa Human Voice international et militant du parti de l'opposant Bernard Kolela, il donne son point de vue sur l'actualité ivoirienne, à l'aune de l'histoire récente du pays de Sassou Nguesso, le tout nouveau président de l'Union africaine.

- Vous êtes le Sg de Africa Human Voice international. Que fait concrètement votre structure ?

Elle est née après avoir réfléchi longtemps sur les tragédies africaines. L'Afrique du sud, le Congo-Brazzaville, la RDC, l'Angola, la RCA, le Libéria, la Sierra Léone, La Somalie, le Darfour, le Togo et actuellement la Côte d'Ivoire. Jusque là, ce sont les politiciens qui s'expriment. La société civile, elle, reste muette ou n'a jamais été associée sinon c'est elle qui paie le plus lourd tribut. Je ne nie pas l'existence de plusieurs associations et organisations africaines. Mais chacune travaille dans son coin. Les Togolais traitent leurs problèmes entre Togolais, pareil pour les Congolais… sous le regard impuissant ou hypocrite des autres nations africaines. Devant cet éclatement, nous avons voulu, à travers " Africa human voice international ", créer une plate-forme où toutes ces organisations africaines peuvent se retrouver pour être efficace sur le terrain et au niveau international. Nous voulons travailler dans l'intérêt des peuples africains sans exception. Vous pouvez y adhérer à titre individuel ou collectif. Nous avons un volet droit de l'homme, un volet écologique, un volet politique, un volet économique, un volet social et humanitaire.

- Comment votre organisation traite-t-elle le dossier ivoirien ?

Nous sommes une organisation très récente. Elle est âgée d'un an. Dès sa création, le dossier ivoirien a été le tout premier sur la table de l'organisation. Nous avons des contacts avec des organisations ivoiriennes. Telles que le Copaci, le Cojep… Nous avons été frappés par les informations qui ont été révélées dans les livrets : " La guerre de la France contre la Côte d'Ivoire " et " les servitudes du pacte colonial " du Pr. Mamoudou Koulibaly, président de l'Assemblée nationale ivoirienne. Là où il y a toutes les conventions, tous les accords signés entre la France et les pays africains francophones. Quel que soit le pays africain, les textes sont les mêmes. La seule différence, c'est le nom du signataire et la date de signature.

- Beaucoup pensent que la crise ivoirienne est la copie conforme de la crise congolaise. C'est aussi votre avis ?

Absolument. Ce qui se passe en Côte d'Ivoire est bien la copie conforme de ce que nous avons vécu au Congo-Brazzaville. La seule différence est que le peuple ivoirien est descendu dans la rue pour protéger ses intérêts. Défendre sa dignité et sa souveraineté. A travers ces réactions, c'est leur dignité et leur souveraineté qu'ils défendent. Moi, je me pose la question de savoir si nos pays africains sont effectivement indépendants et libres ? Car pour moi, un pays libre, indépendant et souverain doit être capable de battre sa propre monnaie. Le franc Cfa n'est pas notre monnaie. On comprend pourquoi le vrai propriétaire en fait à sa guise. On peut la dévaluer quand on veut. Dix, quinze fois dans l'année. Et les Africains ne diront rien parce que ce n'est pas la leur. Le deuxième point, ce sont les accords de coopération signés depuis 1960 et qui restent en vigueur malgré la caducité qui les frappe. Qui n'ont jamais évolué. Dans ces accords qui sont encore d'actualité, toutes nos ressources, quelles soient en sous-sol ou en surface, ne nous appartiennent pas. Avant leur exploitation, vous devez demander l'avis du pays colonisateur (La France). Pareil pour la vente. Il faut d'abord satisfaire le maître avant de les proposer ailleurs. Pis, quand bien même ces produits sont vendus ailleurs, les pays africains sont contraints de verser 60% des recettes de vente dans les caisses de l'Etat français.

- Les Ivoiriens sont seuls, comme les Congolais en son temps à défendre leur souveraineté. Pensez-vous qu'un jour arrivera où les Africains se serreront les coudes pour dire non à la déstabilisation orchestrée de l'extérieur ?

Dans l'état actuel des choses, surtout dans le cas de la Côte d'Ivoire, aucun état africain ne veut prendre le risque de prendre position pour le régime de Gbagbo. Tellement les intérêts sont croisés. C'est sans compter aussi les conséquences d'un éventuel soutien. Tout à l'heure, je disais que lorsqu'on a son pouvoir par procuration, on n’est pas libre de tout mouvement. On aimerait bien faire ceci mais… Aussi, comment la plus part de nos chefs d'Etat arrivent au pouvoir ? Par des coups d'Etat. Vraisemblablement, celui qui prend le pouvoir par un coup d'Etat ne va pas jeter la pierre à son voisin qui veut utiliser les mêmes moyens.

- La Licorne dit qu'elle est en Côte d'Ivoire sous mandat onusien. Quelle analyse faites-vous de son statut ?

Si l'Onu qui est une organisation supranationale est présente par l'Onuci, je comprends mal la présence de la force Licorne. Il faut qu'une des deux forces disparaisse au profit de l'autre. Soit l'Onu laisse la Licorne sous son mandat soit la Licorne fait partie intégrante des casques bleus. Mais cette cohabitation me paraît très ambiguë et floue.

- Que pensez-vous de la décision du Gti qui a soulevé le courroux des patriotes ?

D'abord, la décision de l'Onu de prolonger le mandat de Gbagbo est une bonne chose. Ce que nous au Congo, on n'a pas obtenu avec Lissouba. Au Congo, l'Onu était d'ailleurs absente. Je pense que dès que le mandat présidentiel est rallongé pour une période précise compte tenu des circonstances en présence, toutes les autres institutions devraient automatiquement bénéficier de cette même circonstance atténuante. Dissoudre le parlement ou ne pas prendre en compte la décision de la cour constitutionnelle, c'est comme si l'on dépouillait le président de la République de tous ses pouvoirs.

- Et la feuille de route du Premier ministre Charles Konan Banny.

D'abord, M. Banny, c'est un homme que je ne connais pas personnellement. Je sais qu'il était à la Bceao. Et je sais que M. Banny est un patriote. Je sais aussi que tous les Africains aiment leurs pays. Je pense que M. Banny est conscient de ses responsabilités. En tant que Premier ministre d'un pays comme la Côte d'Ivoire et dans sa situation actuelle, M. Banny ne peut travailler que dans l'intérêt du peuple ivoirien. Et non pour des intérêts personnels. Parlant de sa feuille de route. Il est malheureux que cette feuille émane de la communauté internationale. Car il n'aura pas la main libre pour la mettre à exécution. Depuis Marcoussis il y a trois ans, beaucoup de décisions, beaucoup de feuilles de route ont été émises. Où se trouve aujourd'hui le pays ? Quand vous avez votre pouvoir par procuration, je ne sais pas par quel miracle M. Banny peut travailler sans se référer à celui qui lui a donné ce pouvoir. La France a plus peur de Blé Goudé que du président Gbagbo et c'est une chance non seulement pour le pouvoir d'Abidjan mais aussi pour toute l'Afrique. Aussi la seule crainte de l'Elysée est que le cas ivoirien ne fasse pas école dans le reste du continent. Je suis un Congolais qui a vécu la guerre qui parle. J'ai eu deux sœurs tuées avec leurs enfants en pleine forêt. La guerre a fait aujourd'hui des orphelins, des familles brisées, des morts gratuits. Jusqu'aujourd'hui, le Congo n'a pas d'orphelinat. Nous avons des enfants dits de la rue. C'est un drame, c'est une tragédie. Je demande au peuple ivoirien, à tous les acteurs politiques de dépasser leur orgueil et de montrer aux yeux du monde que les Africains sont mûrs pour régler leurs différends par eux-mêmes. Dans le cas contraire, ce qui va se passer en Côte d'Ivoire sera un vrai désastre et cela risque d'éclabousser la sous-région.

Propos recueillis par Philippe Kouhon (Correspondant Europe)

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