AFRICA HUMAN VOICE INTERNATIONAL
Fédération d'Afrique
« La seule chose de bien à l'action de la violence, c'est l'action des hommes de bien »

Lettre ouverte à Son Exellence,
Monsieur l'Ambassadeur de France au Gabon

Pourquoi les peuples d’Afrique victimes de la Françafrique n’ont-ils pas droit à un procès à l’instar de celui de Nuremberg pour les crimes nazis?

Modeste ABAGHA ASSECKO

Philosophe

Excellence, cinquante années après le début de la « décolonisation », les africains ont été particulièrement choqués par la diffusion du film documentaire « la Françafrique » par France 2, lequel affirme à travers divers témoignages d’anciens collaborateurs d’Omar BONGO ONDIMBA, d’imminents hommes politiques français de Gauche et de Droite, de journalistes et reporters de renoms, que l’Etat Français, pour sauvegarder ses intérêts économiques colossaux et assouvir sa soif de grandeur, aurait subrepticement remplacé, le système d’exploitation colonial (dont la sujétion et la répression sont spectaculaires) par un dispositif de pouvoir équivalent (plus subtil et discret) et non officiel.

A partir des témoignages sur les trucages électoraux (en territoires conquis), accompagnés d’un luxe de détails hallucinants, et l’adoubement des « gouverneurs noirs » railleusement appelés chefs d’Etats, le documentaire démontre que la France s’ingère de force dans la constitution et le gouvernement de chacune de ses colonies ironiquement dénommée « Etat » ; que la prétendue Aide ou Assistance technique est une ingérence masquée ; que l’armée française tropicalisée, les mercenaires parfois reconvertis et les agences de gardiennages sont prêts à intervenir en cas de menace directe des intérêts économiques de la France en Afrique ; et enfin qu’aucun des principes d‘un Etat qui aspire à la modernité politique et économique n’est respecté par les coutumes françafricaines : l’autodétermination réelle et non de façade, la reconnaissance de la souveraineté populaire à travers l’exercice du suffrage universel, l’impartialité et la neutralité des forces de police et de défense, l’indépendance et l’affirmation réelle des pouvoirs institutionnels, le respect des droits de l’homme, l’administration et la jouissance exclusive par le pays et par le peuple de l’ensemble de ses richesses à travers un système de redistribution équitable, l’existence et la promotion d’une administration intègre et efficiente, etc. Il apparait, de ce point de vue, que l’Afrique Francophone ne connaîtra ni une démocratie véritable ni un développement à brève échéance, tant que la Françafrique existera.

Excellence, en tant que Représentant officiel du Président français au Gabon, à la suite de la divulgation, par France 2, d’une série de confessions et de dénonciations qui rendent la France coupable de crimes, de complicité de crimes en tous genres contre l’Afrique et les africains. A l’épreuve accablante des faits aux conséquences à la fois humiliantes et traumatisantes pour les africains, et déstabilisateur pour les jeunes nations en constitution, comment pourrait-on interpréter votre attitude : au silence du mépris, à de l’impuissance complice ou à de l’ingérence honteuse ?

Par ailleurs, le soupçon de connivence entre l’Etat Français et nos chefs d’Etat adoubés serait plus que fondé puisque le crime de lèse majesté découlant de la contestation de la légitimité du président au pouvoir au Gabon, aurait assurément créé une incidence diplomatique sans précédent. En effet, convaincu du caractère séditieux et déstabilisateur du film et pour des raisons de sauvegarde de la souveraineté, de l’intégrité et de la sureté de l’Etat, l’Exécutif représenté par le Chef de l’Etat ou le Chef du Gouvernement, en tant que garant de la légalité républicaine, se devait d’enclencher automatiquement les voies de recours digne d’un Etat de droit, notamment par :

  • - le constat officiel de l’ingérence directe de la France dans les affaires intérieures du Gabon,
  • - le rappel de l’Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire du Gabon à Paris pour consultation à Libreville,
  • - le dépôt d’une plainte contre la France au Tribunal de Libreville « pour troubles à l’ordre public et tentative de déstabilisation du Gabon»,
  • - la Saisine du Conseil de sécurité de l’ONU pour les mêmes motifs,
  • - la remise en question des Accords de coopération entre la France et le Gabon, etc.

Mais force est de constater qu’aucune de ces mesures n’a été prise jusqu’à nos jours. Pour revenir au film documentaire, celui-ci rend la Françafrique en grande partie responsable du recul de l’Afrique. Avant de continuer notre propos, tâchons de cerner les contours d’une réalité massive et imposante à travers le néologisme « Françafrique ». La définition que François-Xavier VERSCHAVE donne de la Françafrique suffit à évaluer l’écheveau de difficultés que l’Afrique aura beaucoup de mal à dénouer. Pour Cet auteur, « Il existe un pays où, depuis son palais, le chef de l’Etat recrute librement des mercenaires et pilote des guerres civiles sur un autre continent. Il existe un pays qui attise les conflits ethniques et déverses des armes sur des régions à feu et à sang, pour rester maître du seul vrai pouvoir ; l’argent. Il existe un pays qui, pour défendre ses intérêts, autorise ses services spéciaux à s’allier, en terre étrangère, avec les réseaux mafieux et les milices d’extrême droite. Il existe un pays où un candidat à l’élection présidentielle, deux fois ministre de l’intérieur, peut s’appuyer, en toute impunité, sur les circuits des casinos et des ventes d’armes. Il existe un pays un pays qui, loin de ses frontières, truque des élections et couvre l’assassinat de ses propres coopérants. Ce pays, c’est la France. Le continent humilié, c’est l’Afrique. Leur liaison incestueuse, c’est la Françafrique. »

Etat virtuel dont le vaste territoire est physiquement représenté par la France et l’Afrique conquise ; voilà pour ce qui est de sa superficie. Sa population est composée des Chefs d’Etats Français depuis DE GAULLE, des Chefs d’Etats Africains sélectionnés par la France, leurs familles, amis et proches, les responsables militants et sympathisants des partis uniques imposés en Afrique, les responsables PCA et cadres d’entreprises Françaises travaillant en Afrique (et leurs familles respectives), les employés Français, des multi- nationales Françaises et institutions de développement travaillant en Afrique, les contingents militaires et légionnaires français, le personnel des Centres Culturels etc. La Françafrique est piloté par une institution située en région parisienne : la cellule africaine de l’Elysée. Les ramifications de cette cellule se retrouvent dans l’ensemble des administrations africaines. Il faut adjoindre, à la cellule Africaine de l’Elysée, les bons offices de la Grande Loge Nationale de France dont la fonction est vraisemblablement superstructurelle.

Excellence, Monsieur l’Ambassadeur, pour mieux saisir l’intérêt de la question posée plus haut (pourquoi les peuples d’Afrique victimes de la Françafrique n’ont-ils pas droit à un procès à l’instar de celui de Nuremberg ?) et pour connaître les causes profondes qui minent le mal être et le mal développement de l’Afrique francophone contemporaine, peut-être serait-il judicieux de rouvrir, le temps de cette correspondance, quelques pages d’archives dont la France et l’Afrique ont en partage. Ces archives maculées de sang d’innocents et imbibés de l’odeur méphitique des cadavres putréfiés me répugnent ; l’exercice bien que malséant, il me semble urgent de les arpenter les yeux grands ouvertes et les narines bien dilatées. Notre mémoire conjointe recommande de vous-y convier aussi ! Ce n’est un secret pour personne : Babel des peuples, c’est en grande partie grâce à la main d’œuvre gratuite issue de l’esclavage et de la colonisation et aux richesses inouïes du continent africain que la France rayonne en tant qu’empire, superpuissance énergétique et modèle de sécurité sociale. En outre, les français de la diaspora qui n’ont jamais quitté l’Afrique y vivent comme des rois. Et ceux qui continuent de s’y installer n’ont aucune difficulté pour obtenir un visa dans les 72h, peu importe leur destination.

Ainsi, obnubilé par l’immensité de ses richesses, fier de sa grandeur et ravie de sa prospérité économique actuelle, la France aurait oublié un pan entier de son histoire peu glorieuse qui consiste à avilir les africains et à spolier massivement leurs richesses depuis 500 ans. Mais le professeur Ousseynou KANE de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), dans sa Lettre Ouverte du 17 juillet 2001 à l’Ambassadeur de France à Dakar, s’efforce de rafraîchir la mémoire évanescente de la France : « D’où croyez-vous, Excellence Monsieur l’Ambassadeur, que vient la richesse de la France ? Du commerce du bois d’ébène et de ses dépendances, abattu par forêts entières et transporté par fond de cale vers un monde si lointain ? De Marseille à Bordeaux, de Nantes au Havre, votre économie, votre commerce, vos ports, et au-delà, votre civilisation prospère grâce aux oléagineux du Sénégal, à l’or du Soudan, à la bauxite de Guinée, à l’okoumé, au pétrole, au manganèse et à l’uranium du Gabon, au fer de Zouérate, aux cadavres putréfiés que le travail forcé a semés par milliers sur la ligne meurtrière du Dakar-Niger. » Vous semblez aussi ignorer, comme le précise le philosophe de Dakar, « combien d’aventuriers et de petits gens, partis sans rien des villes de Nantes, de Bordeaux, du Havre, de la Rochelle, de Rouen, etc. avec de la verroterie, quelque mauvaise filature, un peu de bimbeloterie, ont bâti rapidement sur nos côtes quelques empires commerciaux. »

Excellence Monsieur l’Ambassadeur, la pensée d’un des plus grands économistes français est symptomatique de la cupidité et de la rapacité de vos compatriotes. Selon Jean-Baptiste COLBERT, entre deux états, « il n’y a que l’abondance d’argent qui fasse la différence de grandeur et de puissance ». Si, on ne peut trouver cet argent chez soi, «  il faut le prendre aux états voisins. » En outre pour COLBERT, «  il n’y a que le commerce seul et tout ce qui en dépend qui puisse produire la grandeur et la puissance ». Il n’est donc pas étonnant que la France du XVIIème siècle est tissée ses voiles et tourner son cap en direction de l’Afrique. Pour le dire autrement, la France, enkystée par son désir de grandeur et poussée par sa libido dominondi a très tôt jeté ses forces dans de nouveaux espaces en créant des colonies. Le Duc de CHOISEUL, un autre savant théoricien de l’expansionnisme français, affirme nettement que « les colonies fondées par les diverses puissances de l’Europe ont toutes été établies pour l’utilité de la métropole ». Cet esprit de lucre, privé de toute bienveillance, se manifeste très clairement dans le congrès de Berlin ; cette honteuse réunion qui décida de la balkanisation et du nouveau partage cde l’Afrique par les puissances occidentales dont la France a tiré le plus de bénéfice. Ce « Congrès qui s’ouvrit le 26 février 1885, "au nom de Dieu tout puissance", en présence des représentants de l’Allemagne, de l’Autriche, de la Belgique, du Danemark, de l’Espagne, des Etats-Unis, de la France, du Royaume uni de Grande Bretagne et de l’Irlande, d’Italie, des Pays-Bas, du Portugal, etc. pour, dit le préambule, " régler dans un esprit de bonne entente mutuelle les conditions les plus favorables au développement du commerce et de la civilisation dans certaines régions de l’Afrique et prévenir les malentendus et les contestations que pourraient soulever à l’avenir les prises de possessions nouvelles sur les côtes de l’Afrique ", consacra cet extraordinaire éclatement français de Tunis au Golf du Benin et du Sahara au forêts du Congo, Anglais plus au Sud et au Levant, Italiens en Ethiopie et en Tripolitaine, Belges au Congo, Portugais de part et d’autre du Capricorne, Allemands dans quelques poches du Centre. »

 

Excellence Monsieur l’Ambassadeur, nous brûlons de savoir si la France est prête à évaluer le tribut composé de chairs, d’os, de cadavres, de sang de millions de gens innocents ; un tribut aussi évalué en milliards de tonnes de matières premières extraites depuis des siècles pour le développement économique de la France. Est-ce trop vous demander, pour ces peuples, que d’être instruit de ce que la France propose pour réparer les dommages inestimables qu’elle inflige continuellement à l’Afrique (à travers l’Etat françafricain) notamment :

  • - Le traumatisme social,
  • - Le naufrage des peuples et la complicité de génocide,
  • - L’adoubement des dictateurs encadrés par des conseillers de services français (véritables présidents tapis dans l’ombre, mais contrôlant tout, sur instruction de la Métropole),
  • - L’assassinat ou soutien à l’élimination de leaders nationalistes ou des opposants au parti-Etat,
  • - Accompagnement technique et diplomatique des trucages électoraux permettant aux « gouverneurs noirs » de se maintenir au pouvoir et pour se protéger des troubles en tous genres,
  • - Le pillage des matières premières : en échange d’un droit préférentiel ou d’un monopole sur l’approvisionnement en matières premières, la France assure la sécurité du Chef de l’Etat adoubé, rétabli l’ordre si l’exploitation des riches est compromise ou si le Chef de l’Etat figurant est renversé,
  • - La mise sous tutelle économique et monétaire et le contrôle systématique des échanges entre les Etats et le reste du monde,
  • - L’endettement délibéré et permanent des Etats néo-colonisés,
  • - Organisation des coups d’Etat, des guerres civiles, des génocides et autres expéditions punitives contre tout « gouverneur noir » antifrançafricain
  • - Promotion de la haine ethnique pour prévenir toute velléité de culture démocratique, etc.

Quel peuple peut se relever d’une telle saignée ? Il relève peut-être du hasard ou du miracle que l’Afrique à genoux et dans l’impasse, retrouve son centre de gravité.

Les jeunes générations de Français doivent savoir que l’Afrique est chaque jour sacrifiée sur l’autel du désir de puissance de la France. En dehors des Français d’aujourd’hui, qui d’autre devrait réhabiliter l’Afrique appauvrie, souffrant des séquelles de ses déboires et sérieusement handicapée pour l’avenir ?

Sachez, Excellence, Monsieur l’Ambassadeur, que les atrocités subies par les peuples d’Afrique ont incontestablement mis à rude épreuve leur vitalité, mais elles n’ont pas asséché leur volonté de vivre dignement et de lutter fermement.

Africains ! Comment pouvez-vous assister, indifférents, au dépeçage continuel de votre continent et au mépris permanent de ce que vous reflétez et représenter en tant qu’être ?

 

Africains ! Après 50 ans de pillage des richesses, de maintien des africains dans une pauvreté absurde et de blocage de l’alternance démocratique, l’heure de nous libérez de la Françafrique a sonné.

Enfin, Excellence Monsieur l’Ambassadeur, pour les Français comme pour les Africains, rompre avec la Françafrique est certes suicidaire, mais pour être libre, enfin, c’est un mal nécessaire.

SOURCE : http://www.lepost.fr/article/2011/03/23/2443835_lettre-ouverte-a-son-excellence-monsieur-l-ambassadeur-de-france-au-gabon.html#reactions

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NOTRE COMMENTAIRE :

Cher Monsieur Modeste ABAGHA ASSECKO, pour que cela se fasse et soit ainsi, il faut d'abord que la France se décolonise mentalement et qu'elle fasse le deuil de la colonisation. Ce qui ne l'a jamais été et ne le sera certainement jamais. Pour le comprendre, il faut vous reporter au livre du Pr. MAMADOU KOULIBALY, "Les servitudes du pacte colonial" ou au site Internet : http://www.africa-humanvoice.org/afrique/

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(Lanza Del Vasto).