AFRICA HUMAN VOICE INTERNATIONAL
Fédération d'Afrique
« La seule chose de bien à l'action de la violence, c'est l'action des hommes de bien »

LA LICORNE ET LE PATRIOTE :
L'HEURE DU DUEL A MORT
SONNERA BIENTOT !
par Mamadou KOULIBALY
Président de l'Assemblée Nationale

L'opération Licorne s'essouffle. La France de Chirac n'a plus les moyens de sa politique de maintien de la cessession de fait du Nord de la Côte d'Ivoire. L'objectif est devenu impossible à atteindre. Que va faire maintenant l'opération Licorne ?

- Va-t-elle se présenter comme une armée d'occupation du Nord de la Côte d'Ivoire qui ne sera rétrocédée à l'autorité de l'Etat ivoirien qu'une fois que nous aurions accepté de devenir un pays Licorne, le premier du genre ?

- Va-t-elle s'engager à désarmer ceux que le Quai d'Orsay a laissé armer et protéger depuis plus d'un an pour de basses besognes ?

- Va-t-elle rester neutre quand les hostilités s'engageront entre l'Etat de Côte d'Ivoire et les forces rebelles et assaillantes ?

Les patriotes ivoiriens se posent des questions. Les réponses sont difficiles mais rien ne nous empêche de donner quelques éléments de réflexion à verser dans le débat.

En réalité, pour faciliter notre démarche posons-nous la question de la substance de la philosophie de la "Licorne".
- Quel est le sens profond de l'opération militaire lancée sur la Côte d'Ivoire par les autorités politiques françaises à la demande de celles de Côte d'Ivoire qui espéraient l'application tout court des accords de défense et de coopération militaire ?
- Pourquoi les autorités françaises ont-elles envisagé l'opération Licorne ?
- Comment voyons-nous, en patriotes, la signification de l'opération Licorne ?

Bien entendu, aujourd'hui où les mots "patriote" et "patriotisme" sont galvaudés dans notre pays, il nous faudrait être d'accord sur le sens que l'on donne à ces termes. A l'analyse nous devrions être à même de comprendre pourquoi les patriotes sont opposés à l'opération Licorne.

I - Etre Patriote aujourd'hui

Depuis déclenchement de la rébellion armée qui endeuille la Côte d'Ivoire, depuis le 19 septembre 2002, l'un des mots qui ont le plus eu du succès est "patriote". Les assaillants, sans autres épithètes que le fait de venir du Nord, dans leur mutation pour la reconnaissance internationale se sont fait appeler Mouvement Patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI). Pour eux, être patriote, c'est prendre les armes contre un ordre constitutionnel démocratique, déstabiliser ses Institutions, tuer ses populations civiles et tout cela sans déclaration de guerre, violer ses filles et voler ses biens et les conserver comme butin de guerre, occuper des parties de son territoire et prendre en otage les populations qui y vivent. Les patriotes du MPCI sont des pillards, des assassins et des lâches. Le patriotisme pour eux, c'est rassembler des hommes et des femmes sur des bases ethniques, tribales et / ou religieuses pour les mettre au service de n'importe quel intérêt incompatible avec la survie de la Nation entière. Les patriotes de Bouaké n'ont de droit que le hors-la-loi. Leur objectif premier renverser l'ordre constitutionnel de l'Etat de Côte d'Ivoire pour en installer un autre dont les contours ont été tracés à Marcoussis, au grand regret du peuple de Côte d'Ivoire.

Les patriotes du MPCI n'ont d'économie qu'un tissu de contrebandes animées par des trafiquants de tous genres et dont le budget de fonctionnement s'obtient par le pillage armé de la BCEAO et du système bancaire dans les zones prises en otage. Leur investissement, essentiellement en armes et en munition provient de financements express par plusieurs commanditaires dans la chaîne du ganstérisme international d'Etat. Les patriotes de ce genre sont dirigés par des doctrinaires conditionnés chez lesquels les commandes du mentor sont des vérités bibliques. Récemment encore, un expert de l'Union Européenne expliquait que même si Marcoussis n'est pas la Bible, il en a le poids pour ses signataires. Marcoussis est l'illustration concrête de la doctrine du tribalisme démocratique entretenu par les Rebelles et leur Rassemblement. Les patriotes du MPCI sont éduqués comme les jeunes soldats Nazi qui marchaient aussi pour "la mère patrie". Accepter les mouvements rebelles de Côte d'Ivoire comme des gens fréquentables, c'est admettre que les jeunes soldats Nazi étaient eux aussi des patriotes.

En Juin 2003, le journal Idea on Liberty (http://www.fee.org), édité par the Foundation for Economic Education, publiait un essai de Lawrence Reed, le Président du Centre Mckinac pour les politiques publiques, un Institut de recherche et d'éducation dont l'Etat-Major est installé dans le Michigan, sur le vrai sens du patriotisme.

Selon Reed : "Le patriotisme, ce n'est pas le fait de croire aveuglement aux choses que nos leaders nous disent et font. Cela n'est rien d'autre que la stupidité qui permet de remplacer le sens de quelques grands concepts par des mots vides aux accents abrutissants et mis à la disposition de lâches flagorneurs".

Ailleurs, en Côte d'Ivoire et partout, du Nord au Sud et d'Est en Ouest, il y a d'autres ivoiriens qui ont foi en ce qu'ils ont en commun entre eux. Ces ivoiriens ne sont ni lâches, ni stupides. Ce sentiment profond est ce qui les a conduit à débattre puis à rédiger une constitution pour la Nation de leur rêve. Pour ces hommes et ses femmes, le préambule de la constitution est sacré et la déclaration des droits et des libertés est le garant de cette foi en une société de droit.

Un Ivoirien vaut un autre ivoirien, ni plus ni moins. Un homme vaut un autre homme vis-à-vis des libertés et des droits. Personne n'est et ne peut être au-dessus du droit. L'aspiration profonde qui se dégage de la Constitution ivoirienne est le désir de vivre dans une société de droit. Les hommes naissent libres et égaux en droit proclame toutes les grandes chartes sur les droits de l'homme. Notre constitution fait pareil. Vivre sa vie, rechercher librement son bonheur dans le respect du bonheur d'autrui. Dans une telle société idéale de liberté et de droit l'Etat, s'il viole ces libertés mériterait d'être combattu car il aurait nécessairement violé la constitution. Les patriotes d'Abidjan et de la Côte d'Ivoire libre croient en cette idée constitutionnelle de société de droit. Ils sont prêts à mourir pour défendre cette constitution et les Institutions qu'elle a créées.

  • - Le patriotisme, c'est le refus du Coup d'Etat constitutionnel.
  • - Etre patriote, c'est défendre la République et sa constitution.

Les populations qui étaient à la place de la République à Abidjan le 2 octobre 2002, le 2 février 2003 sont de vrais patriotes. D'ailleurs, ceux de Bouaké sont des mutants. D'abord appelés assaillants, puis rebelles, ils se sont fait désigner par la suite forces nouvelles, puis de temps à autre ils n'hésitent pas à répondre à l'appellation de ex-rebelles, alors qu'ils sont d'abord les militants du Mouvement Patriotique de Côte d'Ivoire, branche armée du RDR. L'appellation Patriote doit être contrôlée par l'éthique du droit, de la législation et de la liberté.

Le patriote, le vrai, défend cette éthique tandis que le rebelle la combat. Le patriote milite en faveur de l'accession au pouvoir par les urnes, le rebelle combat cette idée et estime que la guerre tribale, le coup d'Etat, la violence brutale sont les seuls moyens d'accéder au pouvoir et de s'y maintenir. Le patriote défend la constitution, tandis que le rebelle combat cette même constitution. Il ne peut y avoir de compromission entre les deux. Il ne peut y avoir de match nul que si le sponsor de Marcoussis veut tirer un certain profit pour lui même alors qu'officiellement, il est neutre. La rébellion est un kyste cancéreux dans la République. Si elle n'est pas traitée chirurgicalement tout le corps social risque d'en mourir. Nous devons nous battre.

Le patriote ne croit pas à la neutralité du sponsor telle que se laisse voir la France de Chirac. Le Patriote ne croit pas à la neutralité de la France. Car tout compte fait, les rebelles ayant perdu, puisqu'ils n'ont pas atteint leurs objectifs, resteront frustrés s'ils continuent d'avoir le sentiment que sans la France, ils seraient déjà au pouvoir à Abidjan. Les rebelles peuvent en vouloir aux autorités françaises. Les patriotes, eux aussi, peuvent en vouloir à la France de les avoir privé d'une victoire rapide et moins coûteuse. Les patriotes se souviennent que c'est sous la pression française que le Conseil de Sécurité des Nations Unies a pris une résolution pour demander à l'Etat de Côte d'Ivoire de ne plus utiliser ses armes surtout son armée de l'air ? Les patriotes estiment que la France a voulu ainsi imposer une défaite à l'Etat de Côte d'Ivoire. Les patriotes resteront frustrés s'ils n'ont pas leur guerre pour en finir définitivement avec la rébellion. C'est pour cela aussi que le patriote s'oppose à l'opération Licorne.

II - L'opération Licorne dans le subconscient ivoirien

La Licorne est un animal de la mythologie. Il est généralement présenté comme un cheval blanc, très beau, avec une barbichette et une corne plantée au sommet de la tête. Il s'agit d'un animal qui n'existe pas en réalité et que nous ne pouvons rencontrer nulle part comme le serait un cheval ordinaire, un âne, ou un lion. La Licorne est un cheval mythique au même titre que la Pegasse, le fameux cheval ailé dont la tradition dit qu'il serait le fils de Nepture et de Méduse. Pegasse, plus célèbre que Licorne est considérée comme symbole de la renommée. L'opération Licorne signifie donc pour ses initiateurs de prendre le beau cheval blanc de leur possession en Afrique occidentale française pour en faire une Licorne. Cela suppose plusieurs hypothèses. D'abord que la Côte d'Ivoire vaut un très beau cheval blanc. Il n'y a pas de doute là dessus puisque tous sont d'accord que la Côte d'Ivoire est le pays moteur de l'UEMOA comme l'estiment plusieurs observateurs. La Côte d'Ivoire est la première puissance économique de la sous-région disent certains. La Côte d'Ivoire est le pays phare, le pays modèle du développement impulsé par la coopération française en Afrique pensent bien d'autres. La Côte d'Ivoire est donc un très beau cheval. Blanche, la Côte d'Ivoire l'est aussi par sa grande naïveté dans la construction de la démocratie naissante. Pendant plus de quarante années de parti unique, l'étatisme a, dans ce pays, tué l'initiative privée, bridé la liberté de contrat et confisqué les marchés ouverts et concurrentiels. Après deux ans d'économie de marché, le cheval refuse de se laisser traire par les hommes politiques d'ici et d'ailleurs. Le cheval dans son enfance de démocratie libérale est difficile à tenir. Il ne supporte plus les contraintes des brides. Il veut se libérer des chaînes qui le lie à l'arbre du protectionnisme, aux racines de l'immobilisme et aux sources de la pauvreté. Le cheval comme Pegasse veut s'envoler vers des renommées autres que ceux des "petits pays pauvres". Le cheval se cambre, se détend, henni à tue tête pour clamer son désir de prendre l'envolée de la liberté et de la prospérité. Hélas !!! Les Ivoiriens pensaient qu'ils étaient indépendants et que leur destin leur appartenait. Ils pensaient qu'à l'heure de la mondialisation ils auraient été compris. Hélas !!! La communauté internationale rappelle aux ivoiriens qu'ils sont la propriété d'un seigneur moyennâgeux, la France, qui ne peut pas autoriser n'importe quelle liberté pour le cheval. Notre liberté, nos droits, notre constitution ne peuvent être validés qu'à l'aune des seuils de tolérance que Paris peut autoriser dans le Pré-carré. Nous ne pouvons construire une Nation qu'à condition de ne pas mettre en péril l'équilibre géostratégique bâti par les autorité françaises en Afrique de l'Ouest. L'opération Licorne consiste donc à envoyer des troupes pour reprendre le contrôle du cheval, lui couper les ailes et lui planter une corne au sommet pour que nul autre pays francophone ne soit tenté par une expérience de libéralisation des économies et de mise en route des Etats vers des Sociétés de Droit. Paris a décidé de tuer la Pegasse pour que la Licorne vive pour le grand malheur des ivoiriens.

Ainsi, brutalement, l'on convient à Paris que si le cheval est si intrépide et se fait une renommée c'est parce que sa tête n'est plus aux ordres. Les dirigeants de la Côte d'Ivoire dans cette période de refondation ne sont pas contrôlables. Le sommet de l'Etat accepte et applique trop facilement les politiques de promotion des libertés et des droits individuels. Les minorités voient leurs libertés et leur droits respectés par les majorités. La démocratie s'enracine trop bien dans ce pays depuis la Constitution jusqu'aux autres codes. C'est le sommet de l'échafaudage qu'il faut changer. Le peuple suivra, admet-on, puisque c'est la tradition en Afrique ; dès que les chefs sont battus, toutes les résistances s'estompent. C'est ainsi que l'opération Licorne coupe les ailes de Pegasse et tente de lui planter une corne sur le front.

Changer le sommet de l'Etat ivoirien, modifier la constitution vaille que vaille et coûte que coûte n'est pas une activité facile. Licorne échoue. Impossible de changer la tête. La corne ne se plante pas mais laisse une plaie au sommet de l'Etat. Le gouvernement de réconciliation nationale perd ses repères, ses hommes et ses missions. Le cheval, se meurt, la Côte d'Ivoire se meurt. L'opération Licorne devrait être arrêtée au plus tôt puisqu'elle se révèle être une mission impossible pour une France qui tombe mais qui reste cependant arrogante vis-à-vis de ses ex-colonies. Alors que les autorités françaises auraient pu s'accrocher à cette démocratie naissante elles l'étouffent dans leurs erreurs de jugement propre aux régimes mal élus. Une Côte d'Ivoire libre, démocratique, avec des droits de propriété clairement définis aura une justice digne de société de droit et pourrait alors proposer à la sous-région, à la France et au monde l'exemple de développement réussi par la détermination des hommes et des femmes patriotes et légalistes. Hélas, Paris se retrouve en train de ne plus savoir quoi faire de Pegasse après lui avoir coupé les ailes et après avoir échoué à lui planter une corne au sommet de la tête.

Dans le contexte actuel de la France où le doute s'installe alors que les autorités françaises conduisent inexorablement le pays à sa décadence par leur immobilisme et leur manque de courage à faire les réformes attendues par les français, la Côte d'Ivoire devrait rester un partenaire sûr, crédible et solvable. Depuis 2002, le gouvernement français à une majorité partout mais n'a pu faire que deux réformes politiques : un peu de décentralisation et le changement du régime des élections régionales et européennes. En matière économique, une seule réforme d'ailleurs escamotée des retraites a été amorcée. L'éducation nationale, et la santé dont les réformes ont été différées sont en bonne place du statu quo avec les réformes attendues des " entreprises publiques à la française " avec leurs énormes protections et privilèges étendus en Afrique Noire. Le gouvernement français qui a choisi l'inaction est en train de tomber signale Nicolas BAVAREZ (1).

Même si l'on peut discuter du réalisme des solutions proposés aux gouvernants français par Monsieur BAVAREZ, n'empêche que son constat est clair. Le chômage en France ne cesse d'augmenter pour se situer autour des 10 %. La productivité globale de l'économie française qui était de 4,2 % dans les années 70 sera en 2003 bloquée à 1 % avec un taux de croissance nul. Le déficit public en pourcentage du PIB dépassera les 4 % tandis que la dette publique sera au-delà des 60 % du PIB. Comparés aux autres grandes économies, notre tuteur qui avait dans les années 70 un PIB supérieur de 25 % à celui du Royaume-Uni enregistre pour 2002 un niveau de cette variable inférieur de 9 % à celui de son voisin européen. En terme de PIB par habitant, la France se classe au 19ème rang dans le classement de l'OCDE et au 10ème rang dans l'Union Européenne. En terme de développement humain, la France se classe au 24ème rang après l'Allemagne 1er, le Canada, le Danemark, l'Espagne et les Etats-Unis. Dans le contexte de la globalisation une réforme de la coopération devrait permettre à la France de retrouver ses marques et alors elle aura en Afrique plus besoin de Pegasse que de Licorne. Comment faire pour que Paris comprenne cela ?

La tradition mythologique raconte que la Pegasse a pour caractéristique principale d'avoir aidé certains héros (Persée, Bellérophon) à vaincre des monstres. Une Côte d'Ivoire prospère, démocratique serait meilleure alliée de la France qu'une Côte d'Ivoire Licorne. Bien sûr la mythologie explique que après avoir tué la chimère, le héros Bellerophon a cherché à monter au ciel sur le dos du cheval ailé pour gagner l'Olympe, la demeure des dieux présidée par Jupiter. Mais Pegasse le désarçonne et poursuit seul sa course vers les cieux, où il s'est transformé en constellation. Pegasse est devenu aussi fondateur de la source sacrée des Muses, filles de Jupiter, qui président la mémoire, l'inspiration poétique et l'ensemble des activités intellectuelles. L'exemple ivoirien inspirera le monde entier. Construire de toute pièce une Licorne est impossible. Si la France réussi, ça sera le seul cas de l'histoire et le mythe deviendra réalité. Les patriotes sont opposés à ce constructivisme naïf. Nous préférons Pegasse à Licorne. Notre idéal c'est d'être une terre de liberté, de droit et d'espérance. Le patriotisme indique que par tous les moyens, nous résisterons à la transformation de notre constitution, de notre Etat, de notre pays. Pegasse est né de la tête coupée de Méduse monstre redouté par les dieux comme par les hommes. Le monstre du parti unique tué par la démocratie a donné en Côte d'Ivoire la Refondation. Notre Pegasse est en train d'être tuée pour être remplacé par une Licorne, par la force, malgré, nous et évidemment contre nous. Les patriotes s'y opposerons avec vigueur de détermination.

III - La Licorne triomphante

A défaut d'avoir réussi à décapiter l'Etat de 19 septembre 2002, Les rebelles avec l'appui de leur commanditaire ont imposé aux ivoiriens qu'ils fassent eux même la transmutation. La Licorne construite doit être une Côte d'Ivoire qui dans quelques mois sera obligée de voir sa population augmenter de 30 à 40 % par le jeu frauduleux et illégale de la naturalisation obligatoire de nombreux étrangers. Les textes proposés par le RDR contestent qu'il y ait en Côte d'Ivoire des Ivoiriens d'origine et de surcroît imposent aux ivoiriens l'abandon du droit du sang pour le droit du sol. En outre la terre doit être distribuée à tous puisqu'il faut être ivoirien pour en avoir, selon eux. La Licorne est donc un élément de colonisation de la Côte d'Ivoire.

Avec ces législations qui violent le code de la Nationalité et la Constitution ivoirienne nous fabriquerons nous même la Licorne. Dans un premier temps nous fabriquons un électorat favorable aux thèses de l'invasion de la Côte d'Ivoire par les étrangers puis, dans un second temps, nous exproprions les ivoiriens de leurs terres pour les donner aux étrangers en guise de remerciement puisqu'il voteront pour le candidat des commanditaires de la Licorne qui alors s'installera au pouvoir. Les ivoiriens seront ainsi expropriés après qu'on les ait présenté comme militairement battu et politiquement incapable de défendre leur prétendu patrimoine commun, la Côte d'Ivoire. Cela s'appelle l'envahissement de notre pays par les étrangers parmi lesquels les plus véhéments sont les Burkinabés qui ont pris les armes de la rébellion. Si nous continuons à nous installer dans l'acception du statu-quo alors la Licorne se produira. Ne pas agir laisse le temps à nos ennemis de couper nos ailes : notre agriculture et nos intelligences. Que deviendrait Pegasse sans ses ailes ?

La logique de la colonisation de la Côte d'Ivoire par son puissant voisin, le Burkina, se fonde sur une hypothèse fallacieuse selon laquelle de nombreux Burkinabé vivraient en Côte d'Ivoire et cela depuis 3 à 5 décennies. Ils ne savent plus où aller et désireraient vivre ici. Ces Burkinabé ne souhaitent pas qu'on les appelle "étrangers" car cela fait péjoratif. Certains parmi les plus illustres comme "le mentor" considèrent même que le mot "Burkinabé" est une injure. A supposer que cela soit vrai est-ce en prenant des armes contre la Côte d'Ivoire que ces Burkinabé peuvent devenir ivoiriens de plein droit ? Peut-on dire d'emblée que tous ceux qui naissent en Côte d'Ivoire ou qui sont nés en Côte d'Ivoire sont automatiquement ivoiriens ? Pourquoi acceptons-nous aussi facilement l'idée qu'un Burkinabé qui vit en Côte d'Ivoire depuis des décennies devrait devenir, lui et sa descendance, des apatrides, des sans pays fixes ?

En fait, comme en droit, rien n'est plus faux que ces hypothèses justes bien présentées pour intimider les ivoiriens et se justifier devant la fameuse "Communauté internationale". La Licorne devrait donc permettre à Blaise Compaoré d'offrir à n'importe quel candidat du Rassemblement des Rebelles un électorat qu'il échangera contre le contrôle que le Président du Faso pourra exercer sur les ressources humaines, naturelles, minières, politiques de notre pays. Les Patriotes ivoiriens sont-ils prêts à accepter de capituler face aux rebelles par leur silence sur la violation de la constitution, et d'une part, l'installation de Licorne à la place de Pegasse, d'autre part ?

L'heure est plus que jamais à la hardiesse de nos élans patriotiques. L'heure est plus que jamais au redressement de nos têtes. L'heure est plus que jamais à l'arrêt de nos pleurs. L'heure doit maintenant être entièrement consacrée à la résistance offensive pour la libération de notre pays. Selon notre constitution tant que l'intégrité du territoire n'est pas établie, il nous est interdit d'engager quelque procédure de recours au référendum et à la révision de la constitution. Le droit, la constitution, le droit constitutionnel feraient une révolution s'ils arrivaient à faire accepter une telle entourloupe aux ivoiriens.

Par ailleurs, après tout, que pense l'Etat Burkinabé de cette naturalisation obligatoire des Burkinabé de Côte d'Ivoire quelque soit leur nombre ? La réponse à cette question se trouve dans la constitution du Burkina Faso adoptée par référendum le 2 juin 1991 et révisée en 1997, en 2000 et en janvier 2002. L'article premier de cette constitution proclame que "tous les Burkinabé naissent libres et égaux en droit, tous ont une égale vocation à jouir de tous les droits et de toutes les libertés garanties par la présente constitution …". L'article 12 continue en affirmant que "tous les Burkinabé sans distinction aucune, ont le droit de participer à la gestion des affaires de l'Etat et de la société. A ce titre ils sont électeurs et éligibles dans les conditions prévues par la loi".

Une visite aussi au Code de la Nationalité est toute aussi édifiante. Un Burkinabé qui vit hors du Burkina ne cesse pas d'être Burkinabé. Au nom de quel principe la Licorne obligerait elle les ivoiriens à leur voler, aux Burkinabé, leur nationalité ? N'est-ce pas violer les droits élémentaires des burkinabé que de proclamer que leurs enfants nés en Côte d'Ivoire seront désormais ivoiriens. Par quelles astuces juridiques, politiques allons faire jouer à des textes abrogés depuis plus de trente ans des effets juridiques aujourd'hui ? Nous devons savoir qu'un Burkinabé qui vit en Côte d'Ivoire ne cesse pas d'être Burkinabé, sa descendance continue elle aussi d'être burkinabé ad-eternum. Ils ne peuvent faire autrement car tel est le droit du sang au Burkina même. Que les descendants de ces burkinabé expriment leur désir de vivre pour toujours en Côte d'Ivoire est une chose mais ce fait ne leur enlève en rien leur nationalité burkinabé qu'ils ont par le sang que leurs parents leur ont donné. Aucun texte en Côte d'Ivoire ne peut violer ce droit élémentaire pas même une décision qu'imposerait le Président du Faso. Les Ivoiriens doivent dire non à cette naturalisation. Les burkinabé de l'étranger contrairement à ce que proclament les articles 1 et 12 ont de toute vraisemblance moins de droits que ceux de l'intérieur. Cette discrimination qui leur retire le droit de vote est une violation de la constitution du Faso. Comment alors demander aux ivoiriens d'offrir aux burkinabé ce que leur propre pays refuse de leur offrir ?

La Licorne est injuste. Elle est inique. Elle est confligène et les patriotes ivoiriens doivent reprendre la mobilisation contre elle. La lutte doit continuer. Tout se détermine maintenant. Notre lutte interne doit s'internationaliser. Nous devons demander leur avis aux ivoiriens pour tous les textes réglementaires ou législatifs qui arrivent sur le bureau de Conseil du gouvernement. La guerre civile est toute proche car nul n'acceptera de laisser couper les ailes à Pegasse pour une soi disant Licorne morte avant d'être née. Patriotes de tous les pays. Ivoiriens de toutes tendances, nous ne sommes pas du même bord, certes, nous ne sommes pas non plus dans la même barque, mais nous recherchons le même port : notre liberté. Rassemblons nous pour faire front à l'adversité. Le peuple doit, plus que jamais, être proche de son armée.

L'heure du sacrifice sonnera bientôt. Notre sang lavera tous les affronts passés et nous devons nous faire respecter. Aucun pays au monde ne montera une armée pour venir nous défendre et libérer notre pays. Si nous aimons la Côte d'Ivoire comme nous nous plaisons à le chanter alors soyons prêts à nous engager dans la croisade contre la déstabilisateurs de notre pays. Il n' y a pas d'autres issues à l'impasse. Entre le patriote et la Licorne, l'heure du duel à mort sonnera bientôt.
La patrie ou rien ; nous nous battrons.

 

(1) - BAVAREZ Nicolas, La France qui tombe, éd. Perrin, Paris, 2003.