AFRICA HUMAN VOICE INTERNATIONAL
Fédération d'Afrique
« La seule chose de bien à l'action de la violence, c'est l'action des hommes de bien »

CONGO-BRAZZAVILLE :
Un pays sous occupation - Un peuple aux arrêts

 


BRAZZA N'A-T-IL PAS REUSSI
A REUNIR LES CONGOLAIS ?

  

De Brazza n'a-t-il pas réussi à unir les Congolais ? Plus que jamais divisés de nouveau ?
En tout cas, les Congolais n'ont pas fait preuve d'unité, à l'occasion du "retour, parmi les siens, de Savorgnan De Brazza". La cérémonie de remise en terre des restes mortels de l'explorateur européen s'est faite sur fond de division au sein de la classe politique nationale. Pas un leader de l'opposition n'a été invité.

La fête, c'était pour ceux du pouvoir, car eux, ils ne critiquent pas ce que le président fait avec l'argent de l'Etat. Mais, même à ce niveau, tout le monde n'était pas à la cérémonie. On a noté l'absence très remarquée du président de l'assemblée nationale, Jean-Pierre Thystère Tchicaya, des premier et deuxième vice-présidents de l'assemblée nationale, Gabriel Oba Apounou et Dambert René Ndouane, tous deux membres du courant des conservateurs du P.c.t. De même, Bernard Kolélas, l'ancien maire élu de Brazzaville, n'était pas visible à la cérémonie. L'invitation lui serait parvenue, dans la journée du mardi 3 octobre, de prendre part au banquet, le soir. Le président-fondateur du M.c.d.d.i ne s'y est pas rendu. Déçu, sans doute, d'avoir été ignoré, pendant la cérémonie du matin. Et le roi de Loango ? C'est comme s'il n'existait pas. De toutes façons, Brazza n'avait pas signé avec lui. Au moins, grâce à l'Italien devenu Français, le roi Nguempio est heureux d'avoir obtenu sa reconnaissance par le président de la République, au détriment d'Intsilambia. Florent Tsiba pourra sabler le champagne, si ce n'est déjà fait. Auguste Gongarad Nkoua ne saura plus à quel "nkwe mbali" se vouer. Les Brazzavillois, quant à eux, ont eu droit à une journée chômée payée. Ils sont, en majorité, restés chez eux. Alors, De Brazza qui unit les Congolais… C'est encore une histoire à dormir debout. Le mausolée de la honte

Il y a environ deux années, fleurissaient, dans la capitale Brazzaville, des affiches publicitaires frappées au coin d'un néocolonialisme nauséeux. Les Congolais, médusés, découvraient sur ces affiches un Chirac paternaliste, avec, à ses cotés, Sassou et Bongo, posant, ostensiblement la première pierre d'un mausolée dédié à Pierre Savorgnan De Brazza. L'intelligentsia congolaise ne pouvait s'empêcher de s'étonner que deux chefs d'Etats de pays africains, prétendument indépendants et souverains, aient cru devoir se prêter ainsi à une farce machiavélique visant, ni plus ni moins, à la réhabilitation de la colonisation. L'affiche, elle-même, renvoyait, pitoyablement, à des référents subliminaux avilissants de l'inconscient collectif du peuple noir, tant on y découvrait l'homme blanc, héritier présomptif de l'aventure coloniale française, flanqué de deux Noirs qui jouaient, "à l'insu de leur propre gré", le rôle de vassaux de sa majesté.

Les Congolais ignoraient, alors, que cette première pierre pour Pierre, l'explorateur, constituait la pierre angulaire d'une gigantesque entreprise visant à la glorification de la colonisation française en Afrique. Cette vaste mystification historique devait connaître son apothéose avec le vote, par l'assemblée nationale française, d'une loi scélérate légitimant la colonisation, en décrétant d'autorité qu'elle avait eu des aspects positifs. Mais, c'était sans compter avec la vigilante et sourcilleuse dignité des ex-colonisés d'Afrique du Nord et des Antilles françaises qui élevèrent une protestation outrée, pour pourfendre cette falsification éhontée de l'histoire des peuples victimes de la colonisation. Le tollé fut si général que, face à cette levée de boucliers, la France de Chirac dut passer sous les fourches caudines et battre en retraite, en allant jusqu'à abroger la loi scélérate. Ainsi, les descendants des colons d'hier avaient tenté de faire accroire aux peuples d'Afrique que la colonisation avait du bon et constituait une œuvre civilisatrice salutaire pour les gentils sauvages.

Mais, l'intelligentsia noire, dans sa dignité blessée, constatait, la mort dans l'âme, que ses dirigeants s'étaient claquemurés dans un silence complice autant que coupable. Et voilà que cette démission historique aura connu son point d'orgue au Congo-Brazzaville, par l'érection d'un mausolée. Comment comprendre qu'au moment même où Chirac est contraint, par l'opinion publique internationale, à abroger sa loi qui faisait le panégyrique du fait colonial, que dans le même temps, le Congo décide, à contre-courant de la protestation écoeurée des ex-colonisés, de célébrer la colonisation à travers la glorification de sa figure emblématique qu'est De Brazza. Comment concevoir que la colonisation, qui a asservi les peuples du continent soit applaudie et encensée par ceux-la mêmes qui en ont été les victimes hier ? Comment faire l'apologie d'un Savorgnan De Brazza qui n'a pour d'autre mérite que d'avoir escroqué le pauvre roi Makoko, en lui faisant signer, par ruse, en 1880, le fameux traité de Mbé, qui était censé n'être qu'un accord commercial et que De Brazza a, malhonnêtement, transformé en instrument d'annexion du territoire du Congo à la Conférence de Berlin où les puissances occidentales dépeçaient l'Afrique? Voilà, donc, le héros que le Congo veut honorer avec faste et à grand frais, au grand dam de toute l'Afrique.

Comment admettre qu'au moment où les peuples victimes de la colonisation luttent pour que le fait colonial soit reconnu par la France et le monde comme un crime contre l'humanité, le Congo n'ait rien trouvé de mieux à faire que de faire l'apologie du colonialisme, dans une crise aiguë de schizophrénie historique ? L'on imagine, aisément, les larmes des Algériens décimés par une guerre coloniale des plus meurtrières, quand ils voient leurs frères Congolais trahir la mémoire collective africaine, en légitimant, avec faste, ce crime contre l'humanité que fut la colonisation.

Comment peut-on violer si outrageusement la mémoire d'un peuple qui a payé un si lourd tribut à l'invasion coloniale, en érigeant, à coups de milliards de francs Cfa, un mausolée au personnage au travers duquel le crime colonial aura été perpétré ? Comment tolérer que le Congo viole,ainsi, délibérément, l'auguste mémoire de ceux de ses vaillants fils qui ont lutté contre l'asservissement colonial, au prix de leur vie et pour la défense de leur dignité d'homme libre ? Comme ils doivent se retourner dans leur tombe, André Matsoua, les victimes de la bataille des "Trois francs" et les multiples autres victimes du colonialisme, en voyant qu'un demi siècle seulement après la fin de la colonisation, il se trouve des Congolais pour cracher sur leur lutte et leur sacrifice, en encensant leurs bourreaux. Si le pouvoir était en veine d'érection de monument historique, pourquoi n'a-t-on pas érigé un panthéon à la gloire des grands hommes de la nation congolaise, à commencer par les anciens chefs d'Etat ?

Peut-on imaginer, un seul instant, que les Anglais aient, un jour, la folie d'ériger un mausolée à Napoléon ? Ou que les Français, eux-mêmes, élèvent un monument à Jules César, en remerciement pour l'invasion de la Gaule par les Romains ?

Et voilà qu'au Congo, l'impensable a bien eu lieu: les cendres de Savorgnan De Brazza et sa famille vont reposer dans un mausolée construit à coup de milliards, au beau milieu de la capitale qui porte encore son nom, comme pour lui dire, à titre posthume: "Merci de nous avoir colonisés, assujettis et dominés". Et, scandale dans le scandale, le coût du mausolée aurait dépassé les onze milliards de francs Cfa ! Un micro trottoir d'une chaîne de télévision privée a, récemment, révélé la profonde indignation du peuple congolais qui se demande comment le pouvoir peut dilapider tant de milliards dans la construction d'un petit bâtiment ne servant à personne, alors même que tous ces milliards auraient largement suffi à donner de l'eau à tous les Congolais, du Nord au Sud ! Comment Sassou qui réside encore dans une modeste villa indigne d'un chef d'Etat a-t-il pu jeter tant de milliards dans ce mausolée, alors qu'avec ces onze milliards, il aurait pu doter le Congo d'un palais présidentiel digne de la nation ?

Et puisque le ridicule ne tue pas, en Afrique tout au moins, les zélateurs du père de la colonisation devraient porter le comble à leur forfaiture en apposant, à l'entrée de leur mausolée, l'épitaphe: "A Pierre Savorgnan De Brazza, père de l'invasion coloniale congolaise, les colonisés reconnaissants". Et ceux des Congolais qui ont bradé leur dignité d'homme, pourront s'y rendre en pèlerinage, toute honte bue !

Me Michel CALMEL
In La Semaine africaine

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VOICI CE QUI A ETE DIT, A CE PROPOS, PAR DEUX CONGOLAIS :

(Extrait de l'interview de Jean-Claude Mayima-Mbemba) :
"A propos du transfert des restes de Pierre Savorgnan de Brazza d'Alger à Brazzaville, dans son interview accordée à Kimpwanza (http://www.kimpwanza.org) en date du 15 août 2006, et répondant à cette question, il a dit :
"(…) S'agissant de l'exhumation et du transport des restes de Pierre Savorgnan de Brazza d'Alger à Brazzaville, sans doute pour une meilleure sépulture, humainement parlant et du point de vue historique, cela n'est pas une mauvaise chose. Mais, sur le plan purement politique, je dirais que le Peuple congolais n'est pas en quête d'ancêtres. Et s'il y a un événement auquel les congolais participeraient très activement, ce sera sans nul doute celui du jour où la France (Etat) ouvrira le pan historique, resté obscur et secret à ce jour, concernant tous les suppliciés du Congo, et qu'elle leur remettra leurs dossiers, afin qu'ils sachent tous pourquoi. Car, jusqu'au jour d'aujourd'hui, l'Etat français refuse d'assumer son passé, un pan de son Histoire, si honteux soit-il.

Ainsi donc, laissons à ceux qui sont en mal d'ancêtres se reconnaître en celui-là, Pierre Savorgnan de Brazza qui, lui-même, était un immigré au service de l'Etat Français. Peut-être, et pourquoi pas, y trouvera-t-il enfin la paix, en terre congolaise, surtout en cette période où l'Etat français - comme pendant la IIIème République qui avait fait imprimer des timbres-poste sur lesquels il avait été écrit : "Sauvons la race" -, est en train de promulguer des lois iniques contre ceux qui ne ressemblent pas aux Français de souche.

Ceci dit, les Congolais s'en réjouiraient beaucoup plus aujourd'hui si c'était, et ne serait-ce que cela, les corps de tous les suppliciés dont on n'a jamais de tombes connues et ceux des "Disparus et suppliciés du Beach" qui étaient rendus à leurs familles". (Fin de citation).

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EXTRAIT DE LA DECLARATION DU PROFESSDEUR THEOPHILE OBENGA :

"(…) Puisque les Congolais n’aiment pas les Congolais, puisque les Congolais ont une haine politique vis-à-vis les uns des autres, ils préfèrent célébrer un homme politique étranger comme Savorgnan De Brazza, ça fait sens ; puisque aucun homme politique n’a de la considération au Congo, ni Jacques Opangault, ni Youlou, ni les Félix Maléka, il y en a beaucoup. Aucun homme politique n’a de la considération au Congo, par les Congolais, c’est tout normal que par un complexe d’infériorité, ils adorent un étranger, un étranger qui est un colonial… qui était venu conquérir des terres, qui était en mission. Les Congolais préfèrent adorer l’étranger que d’éprouver du respect pour un Congolais. C’est extraordinaire ! Il n’y a que nous à le faire ! Il faut faire le diagnostic de la mentalité, de la psychologie, de la conscience politique profonde (…). Donc au fond nous sommes les enfants de Brazzaville, de De Brazza, nous sommes Brazzaville. On l’adore. Vaut mieux l’adorer, en faire un Dieu et mépriser les rois traditionnels. A Loango il y a eu un royaume ! Est-ce qu’on enseigne même ça à l’école primaire ? (…) Rien ! Les Nganga Mabiala, qui en parle ? (…)

De Brazza a violé une princesse batéké à Mbé chargée du feu sacré royal (...). Maintenant si vous voulez célébrer quelqu’un qui a violé une femme congolaise, faites ! (…) De Gaulle savait bien que de Brazza avait violé une femme, c’est un fait établi, connu, banal, qu’on cache (…) Eboué le savait (…) Ce ne sont pas des choses qu’on fabrique contre de Brazza, il a violé une Congolaise et aujourd’hui des Congolais l’encensent comme un pharaon (….) ". (SOURCE : http://www.mwinda.org)