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AFRICA HUMAN VOICE INTERNATIONAL Fédération d'Afrique |
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un Sage de la région du Pool |
« Si le gouvernement pouvait développer les villages,
notre pays pourra revivre »
Agé de 78 ans, chef de terre MBOLEKE (Kinkala) en 1963, conseiller de district et de région de 1963 à 1978, Président du Tribunal de 1er degré de Kinkala de 1962 à 1977, député à l’Assemblée nationale populaire de 1973 à 1978, président du comité de village Mpayaka de 1964 à nos jours, M. Florent MIENANTIMA est l’un des dépositaires de la sagesse traditionnelle dans le département du Pool. Habitant le village Mpayaka, à quelques 12 kilomètres au Nord de Kibouende, il a eu la joie de recevoir dans sa communauté chrétienne du même village, du 8-9 avril dernier, l’Evêque de Kinkala, Mgr Louis PORTELLA MBUYU, en visite pastorale dans le secteur paroissial de Madzia-Kibouende. A cette occasion, il a bien voulu nous accorder cet entretien. * M. Florent MIENANTIMA, vous venez de recevoir dans votre communauté chrétienne la visite pastorale de l’Ordinaire du lieu. Quelles sont vos impressions ? ** J’éprouve une très grande joie d’accueillir l’Evêque dans notre petite communauté. J’ai une grande joie parce qu’il n’est pas facile de trouver quelqu’un qui accepte de travailler dans un champ plein d’épines comme celui du diocèse de Kinkala. Qu’il trouve donc beaucoup de grâces pour toutes ces souffrances qu’il endure. * Vous êtes aussi le président du Comité des Sages du Pool et du comité de village de Mpayaka. A ce titre, vous êtes concernés par les problèmes socio-politiques du pays, particulièrement ceux du département. Quelle est donc votre position par rapport à l’organisation des élections partielles dans le département du Pool et au processus du désarmement, démobilisation et réinsertion des ex-combattants qui est déjà amorcé? ** D’abord, je tiens à préciser que le titre de président du comité des sages n’est pas quelque chose d’officiel. J’ai été simplement désigné par mes frères des autres localités du département pour donner la bénédiction traditionnelle, au nom de tous les sages du Pool, à Mgr Louis PORTELLA MBUYU lors de son intronisation au siège de Kinkala en février 2002, comme je l’avais fait d’ailleurs pour Mgr Anatole MILANDOU, en décembre 1987. C’est donc quelque de circonstanciel. Pour revenir à votre question, je vous dis que je ne suis au courant de rien ; je n’ai aucun rapport du chef de district. Dernièrement, Michel MAMPOUYA était à Kinkala. Il m’a invité, mais je ne suis pas allé, parce que, en principe, c’est le chef de district qui doit être en contact avec nous les présidents des comités de villages. Avant, nous étions la courroie de transmission entre le chef de district et les populations villageoises. Les directives qui venaient du Ministère de l’intérieur nous étaient transmises par le chef de district. A notre tour, nous lui transmettions les réactions des populations et lui les transmettait au Ministère de l’intérieur. Mais, depuis la révolution de 1965, l’Etat ne fonctionne plus correctement. Nous ne recevons plus des rapports du district. * D’après vous, quels sont les facteurs qui ont entraîné le disfonctionnement de l’Etat ? ** Parmi les facteurs qui ont affaibli l’Etat, il y a la nationalisation des écoles et d’autres services sociaux tels que les dispensaires... Mais il y a surtout la morale intellectuelle qui a pris le dessus sur la morale naturelle. La première est une morale d’emprunt, elle est étrangère et on l’acquiert par les études. Par contre, la première sort du terroir et forge une personnalité respectueuse des coutumes locales. Bref, c’est l’acculturation qui a tué notre pays. * Dans votre mot de bienvenue à l’Evêque, vous avez utilisé une expression disant que vous êtes « les abonnés de la République ». Qu’est-ce que vous avez voulu dire ? ** J’avais 117 têtes de bœufs, 30 moutons, 27 cabris, sans compter les biens de la maison. Tout a été pillé. Même le musée de MBONZI-NKOUKA (chef de canton) a été pillé. J’avais trois comptes bancaires : BCC-Kinkala, UCB-Brazzaville et PTT-Kibounde. De tout cela, il ne me reste plus rien : j’ai été vidé de tout. Comment dois-je vivre ? J’ai écrit au Ministère de l’Intérieur, qui ne m’a pas répondu. J’ai écrit à Caritas, qui ne m’a pas répondu non plus. Vous comprenez que nous sommes abandonnés à nous-mêmes, puisque personne ne vient à notre secours. * Avez-vous un dernier mot ? ** La sagesse nous enseigne que "si l’on a oublié le chemin, il faut repartir au carrefour." Notre carrefour, ce sont les villages. Car, les populations des gares et des villes sont des populations flottantes. Les populations stables sont celles des villages. Si le Gouvernement pouvait développer les villages, notre pays pourra revivre.
Propos recueillis par Pierre Raudhel MINKALA,
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